Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République française
Voilà seize mois que les Français vous ont placé à la tête de l’État, afin de trouver une solution, entre autres, aux graves problèmes économiques et sociaux que notre pays connaît. La place que vous occupez n’est certainement pas facile. Je veux bien en convenir et même vous attribuer un certain courage pour vous être lancé dans une telle entreprise. Vous mesurez chaque jour la charge qui vous incombe, le poids des responsabilités et les conséquences des décisions que vous avez à prendre. Une responsabilité devant l'Histoire.
J’ai voté pour vous au second tour et j’ose espérer pour la France que le bilan de votre quinquennat sera positif. Il le faut pour le pays. Les Français vous ont désigné vainqueur à l’élection présidentielle pour cela.
Mais les Français sont également attachés au regard qu’a le monde sur leur pays, un vieux pays quinze fois centenaire.
J'ai le plus grand respect pour la fonction que vous exercez, mais j'ai l'honneur de porter à votre connaissance que votre attitude mardi soir, lors de la conférence que vous fîtes devant les ambassadeurs, m’a profondément déçu. Je dirais même qu’elle ne m’a pas plu du tout.
En effet, les propos que vous teniez me parurent excessifs, prématurés et quelque peu indignes de la France. En tant que simple citoyen me permettez-vous de poser quelques questions ?
Notre pays a-t-il vocation à jouer le rôle de gendarme du monde, même au sein d’une coalition internationale ?
À-t-il vocation à s’associer à des décisions prises en dehors du cadre légal représenté par l’Organisation des Nations unies ?
Ces questions méritent d’être posées alors que vous laissiez clairement entendre que la France n’attendrait pas les conclusions des observateurs de l’O.N.U., pourtant mandatés dans le cadre international pour mener à bien une mission d’enquête sur l’utilisation ou non, le 21 août 2013, d’armes chimique en Syrie.
Enfin, l’emploi du verbe « punir » doit-il appartenir au vocabulaire de la France ?
Il me semble que celle-ci, au contraire a vocation, notamment par sa place de membre permanent au sein du Conseil de sécurité, de veiller au respect du droit international et non de s’y substituer.
Force est de constater que depuis votre déclaration, et tout le tapage médiatique qui s'est ensuivi, les choses ont évolué.
Il est apparu, il y a deux jours, que la Grande-Bretagne ne participera pas à cette opération punitive. La Chambre des communes s'y est opposée.
Le président Obama vient de déclarer ce soir que cette hypothèse restait sur la table, mais qu’il demanderait auparavant l’avis du Congrès.
Quelle marche arrière de la part de ces deux grands pays, nos alliés ! Je n’ose imaginer la situation de la France si, et l’Histoire de l’entre-deux guerres l’a déjà montré, les États-Unis d'Amérique se rétractaient à leur tour. La France se retrouverait seule.
Ce ne serait pas la première fois, certes, mais cette fois-ci elle serait seule et en dehors de la légalité internationale. Le prestige international de la France, qui est encore bien réel, exige que cette dernière ait au moins une attitude comparable à celle qui fut la sienne en 2003. Elle fit alors preuve d’un grand courage en osant défier une nation, pourtant amie, au nom des grands principes du droit international.
Il reste encore une possibilité de recouvrer la face, et, bien humblement je vous demande de solliciter du Parlement français un vote, quant à l’opportunité d’une participation française en dehors d’un mandat de l’O.N.U. Vous vous honoreriez de prendre une telle décision et ce pour les raisons suivantes :
— La représentation nationale serait ainsi associée à la décision que prendrait la France.
— Les Français auraient le sentiment que le plus haut personage de l’État tient compte de leur avis. Je me permets de vous rappeler que nos compatriotes sont en nette majorité opposés à cette intervention.
— Enfin, pour ne pas dire surtout, ce serait peut-être une manière de ménager une porte de sortie honorable pour la France.
Aussi, Monsieur le Président de la République, je ne saurais trop vous conseiller d’entendre mon appel qui n’est que modestement le reflet de ce que vous demande le pays.
Dans l'attente, je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République en l’assurance de mon plus profond respect.
Thierry Saladin
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