Quand un député encensait l’islam à l’assemblée...
L’islam, l’islam, l’islam... avec ce gouvernement qui se vautre dans ce qu’il y a de pire chez les gens, à savoir le racisme, qui en arrive à créer un ministère de l’immigration qui en rappelle d’autres, on y a droit à toutes les sauces à cette politique qui consiste à montrer une minorité pour la stigmatiser, et en faire une point de levier pour faire passer sa politique de répression. On instrumentalise tout et rien, on crée et on entretient des phobies, on donne des idées supplémentaires à ceux qui n’attendent que ça pour refaire le coup de 2005. En ce moment, ce sont les bus, qui se font caillasser : une épidémie qui se répand sur toute la France, à grands renforts d’ouvertures de journaux de TF1, réquisitionné pour la cause. Aurait-on la mémoire si courte pour oublier qui se cachait effectivement derrière les diverses manipulations des émeutes de banlieue ? Aurait-on oublié des leaders notamment identitaires déclarant que d’inciter aux émeutes était leur volonté principale ? Aurait-on déjà passé sous silence les rapprochements actuels entre identitaires et la jeune garde du FN ? Aurait-on déjà oublié le nom du ministre de l’intérieur qui déclarait qu’il s’agissait d’un mouvement « organisé », en 2005, alors que ses R.G affirmaient le contraire ? Non, ce à quoi on assiste aujourd’hui, avec des prétextes tels que la burqa, qui concerne à tout casser 2000 personnes maxi en France, c’est bien une montée du racisme, déguisé en ce moment en islamophobie, le terreau fertile sur lequel pousse un gouvernement d’extrême droite. Une extrême droite dont le leader vieillissant bombe à nouveau le torse... en vilipendant lui aussi le « communautarisme », ou les « mosquées », à poser devant les caméras un soir d’élection avec sa pancarte anti-minarets. Or cet individu, il faut bien le constater, n’a pas toujours dit la même chose à propos de l’islam. Bien au contraire. Retour sur une page oubliée de la vie du député LP, l’homme qui a une époque aimait tant l’islam...
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"Les institutions musulmanes ou d’origine musulmane, les us et coutumes, le mode de vie, aboutissent à créer dans la population musulmane une psychologie sociale particulière. Mais les causes de cette situation sont-elles irréversibles ? En analysant les facteurs sociologiques d’une situation qui crée le particularisme algérien, on tente souvent d’expliquer le phénomène par la religion ou la race et, considérant ces deux facteurs comme immuables, on en tire argument pour douter de la possibilité d’assimilation ou pour la nier".
"J’affirme que, dans la religion musulmane, rien ne s’oppose au point de vue moral à faire du croyant ou du pratiquant musulman un citoyen français complet. Bien au contraire, sur bien des principes, ses préceptes sont les mêmes que ceux de la religion chrétienne, fondement de la civilisation occidentale. D’autre part, je ne crois pas qu’il n’existe plus de race algérienne qu’il n’existe de race française (...) à mon sens, c’est dans la réforme des institutions, de cette législation musulmane que peut-être trouvé le secret d’une intégration à la patrie française de l’ensemble des Musulmans.(...) Je conclus. Encore une fois tout est une question d’optique. Offrons aux Musulmans d’Algérie - comme ces mots me gênent, car ils ne font que cacher, bien mal, la réalité ! - l’entrée et l’intégration dans une France dynamique, dans une France conquérante. Au lieu de leur dire, comme nous le faisons maintenant : « vous nous coûtez cher ;vous êtes un fardeau », disons leur : « Nous avons besoin de vous. Vous êtes la jeunesse de la Nation. »
"Et c’est vrai : certains évaluent les problèmes moraux et humains en termes mathématiques : Est-ce qu’une mère évalue la vie de son fils en argent ? Qui peut évaluer en milliard de dollars ou de roubles ce que vaut pour une Nation le fait d’avoir dix millions de citoyens de plus ? Comment un pays qui a déploré longtemps de n’avoir pas assez de Jeunes pourrait-il évaluer le fait d’en avoir cinq ou six millions ? Je m’étonne de le répugnance qu’éprouvent de très nombreux Français de Métropole à l’idée qu’il y a en Algérie six millions d’hommes Jeunes ; car ces jeunes hommes seront peut-être, si nous le voulons, le fer de lance de la France africaine. Si nous sommes capables d’atteindre cet objectif, alors le jeune Algérien ne sera pas celui à qui l’on vient donner l’aumône, il deviendra celui à qui l’on demande. Et c’est vrai, la France a besoin de l’Algérie, peut-être plus que l’Algérie n’a besoin de la France".
Tous ces textes ont été extraits du Journal Officiel du mardi 28 et mercredi 29 janvier 1958, relatant les propos tenus lors de débats dans l’hémicycle de l’assemblée nationale. Ils n’ont qu’un seul et même auteur : le député LP.
C’est revigorant, non, ce discours sur la jeunesse de l’Algérie fait en 1958 en pleine assemblée nationale française. Le "sang jeune d’une nation", une religion ou "rien ne s’oppose au point de vue moral à faire du croyant ou du pratiquant musulman un citoyen français complet", sur l’inexistence de différence raciale : c’est un très beau texte, d’un très bon orateur. Qui prône l’intégration totale de six millions de maghrébins dans la communauté française, chapeau, c’est une profonde avancée mentale pour l’époque ! Un discours enflammé, digne d’un tribun même. Un vrai, et le même dont certains disaient pourtant ceci un an auparavant à peine : "J’ai été arrêté le 22 février 1957, vers minuit ou deux heures du matin. (...) Ils m’ont laissé deux jours sans rien me dire. Et un jour ils m’ont appelé : "Allez, c’est à vous". (...) C’est le lieutenant LP qui m’interrogeait. Moi j’ai dit : "Je ne connais pas". Ils m’ont déshabillé. Il y avait une table très grande, ils m’ont attaché les poignets et les jambes et ils m’ont enlevé le tricot de peau. Je me rappelle ils l’ont mouillé, ils me l’ont mis sur les yeux, et ils ont commencé la gégène. C’était un soldat de LP qui tournait la gégène. Le lieutenant recommençait : "Où sont tes amis ?". Moi je disais : "Je ne suis pas un terroriste". En même temps que l’électricité, un militaire me frappait avec une brosse métallique. La deuxième fois, ils m’ont fait la baignoire. LP, lui, commandait. Les soldats m’ont plongé la tête dans l’eau. Je levais le doigt, ils me sortaient la tête, et je faisais ma prière : "Dieu est grand". Et ça recommençait. Ils m’ont interrogé pendant dix-huit jours". (Mahfoud Abdelbaki, El-Manchar, Alger, 01/2000).
Le même personnage, habitué aux bagarres, qui cette année là justement, lui fera presque perdre l’usage d’un œil (en fait c’est l’autre qu’il perdra plus tard !)"ce n’est que quelques années plus tard qu’est apparue une cataracte traumatique, laquelle, progressivement, peu à peu, m’a privé de la vue." (LP sans bandeau, Jean Marcilly, ed. J. Grancher)". Le même qui édite en 1964 un disque sur le III reich ou figure ce texte : "La montée vers le pouvoir d’Adolf Hitler et du Parti national-socialiste fut caractérisée par un puissant mouvement de masse, somme toute populaire et démocratique, puisqu’il triompha à la suite de consultations électorales régulières, circonstance généralement oubliée."(cité par l’Express du 2/05/2002), pour lequel il sera condamné pour apologie de crimes de guerre l’année suivante. Le même qui en 1976 faisait fortune en captant un héritage de 30 millions de francs de l’époque et une propriété de 365 m2 et 11 pièces, le château de Montretou. Celui de l’héritier des ciments Lambert, mort à 42 ans après avoir rédigé plusieurs testaments successifs, tous favorables, de plus en plus, à LP. Le même LP qui déclare en 1984 à l’émission de télévision "L’Heure de vérité" que "l’explosion démographique du monde islamo-arabe est en train d’envahir et de coloniser notre pays." Le même qui visite Saddam Hussein en 1990, et qui se marie en 1991 avec Jeanne-Marie Paschos, dite Jany, qui préside l’association SOS Enfants d’Irak. Une association qui entraîne notre homme à un grand écart étonnant : ainsi, LP, tout en reconnaissant que « le terrorisme existe », estima qu’il est lié à « la politique agressive des États-unis » et que « la politique occidentale lui fournit chaque jour un nouveau terreau ». Conscient que ce genre d’arguments pourrait choquer ses sympathisants attachés à l’idée de « choc des civilisations », LP opère un habile distinguo entre les peuples du Moyen-Orient et les musulmans de nos banlieues qui selon lui profiteraient du conflit en Irak pour faire la guerre ici !
Toute l’habileté de LP réside en effet à faire admettre à ses sympathisants que les Irakiens ne sont pas « des Arabes comme les autres ». Présentant l’Irak comme un berceau de la civilisation, évoquant dans ses discours Nabuchodonosor le fondateur de Bagdad, « la plus belle ville du monde », LP a cherché à donner de ce pays l’image d’une nation « civilisée », « moderne », et « laïque ». "Cette guerre ne sera pas « une guerre contre l’Islam" déclara-t-il devant ses militants, ravalant la thèse du choc des civilisations au rang de « marketing politique » et de « matraquage médiatique » !
Toujours le même LP qui récidive en 1996 en affirmant à propos de l’immigation que "Ce phénomène angoissant nous impose ses coutumes, ses moeurs, sa religion et nous vole nos âmes (...) La marée de l’immigration va nous submerger après nous avoir ruinés". Et rajoute la même année ""Oui ou non, veut-on pour demain une société multiraciale dont on doit savoir qu’elle débouchera inéluctablement sur une fracture, puis sur une guerre ethnique ?"et qui finit enfin par dire cette année là encore le contraire exactement de ce qu’il avait pu dire 38 ans avant au sein de l’assemblée nationale "Oui, je crois en l’inégalité des races. (...) Aux Jeux olympiques, il y a une évidente inégalité entre la race noire et la race blanche, c’est un fait. Je constate que les races sont inégales. C’est une banalité." Le même qui sera reçu en 1998 à l’ambassade d’Iran à Paris à l’occasion du 19e anniversaire de la révolution islamique, et qui déclara à cette occasion : "J’y ai été reçu comme un prince en son domaine "(Libération 12/02/98). Le même encore et pour finir qui dira en 2003 "le jour où nous aurons en France, non plus cinq millions mais 25 millions de musulmans, ce sont eux qui commanderont. Et les Français raseront les murs, descendront des trottoirs en baissant les yeux. Quand ils ne le font pas, on leur dit : ’qu’est-ce que tu as à me regarder comme ça ? Tu cherches la bagarre ?’ Et vous n’avez plus qu’à filer, sinon vous prenez une trempe." (Le Monde, 19/04/2003). L’islamophobie du sieur LP est donc bien à géométrie variable. Acceptable à ces yeux en 1958, sur le même rang que la chrétienté, l’islam ne le serait plus en 2010. Pourtant, s’il y a bien quelque chose qui n’a pas changé, c’est plutôt cette religion, réputée archaïque, et non son opposant actuel. C’est bien LP, la girouette.
Oui, vous l’avez bien compris, l’auteur du beau discours de 1958 est donc un fieffé menteur. Il s’appelle Jean-Marie Le Pen, notre LP. Un habitué de l’excès, qui ne peut s’empêcher de dire depuis, par exemple, que "la religion antiraciste transforme certaines opinions en véritable blasphème et ce qu’il faut bien appeler l’idéologie officielle, impitoyable et totalitaire, asservit le peuple français".
Visiblement, notre homme est bien âgé, et ne se souvient absolument plus de ce qu’il a pu dire à l’Assemblée Nationale alors qu’il n’avait que 30 ans ... il y a 52 ans déjà. L’époque où pour lui "dans la religion musulmane, rien ne s’oppose au point de vue moral à faire du croyant ou du pratiquant musulman un citoyen français complet... "
Documents joints à cet article
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