Réchauffement climatique : il faut renvoyer dos à dos les POUR et les CONTRE
« Renvoyer dos à dos » : il s’agit de bon sens, très exactement de cette juste mesure que préconisait Aristote. Car, dans cette question du climat, comme dans toute autre question d’ailleurs, chaque idée part d’une intuition juste et finit par générer sa propre caricature. Et la caricature est dictée, à chaque fois, par des intérêts mesquins. C’est la Grande Falsification post-moderne, dans un sens et dans l’autre.
I — Les réchauffistes : le destin tragique de toute écologie politique autoritaire
L’intuition de départ des réchauffistes est légitime.
Elle ne constitue en définitive qu’une hypothèse de travail, parfaitement compréhensible en science. La technologie modifie radicalement l’environnement. Elle peut parfaitement engendrer des effets pervers, facilement ou difficilement prévisibles. On ne voit pas au nom de quoi il serait interdit de mesurer l’impact des activités humaines sur le climat, sur la santé, sur les écosystèmes. Dénier aux réchauffistes le droit de mener des recherches sur les causes anthropologiques des changements climatiques est une attitude dangereuse, pour ne pas dire criminelle. Comme il est dangereux et criminel de rigoler bêtement lorsque telle ou telle recherche dénonce le rôle néfaste des gaz d’échappement, de la radioactivité, des ondes électro-magnétiques, des pesticides et autres produits chimiques, ou encore des OGM, ou de tout ce qu’on voudra (y compris la piqûre des tiques et la maladie de Lyme) sur la santé humaine et plus généralement sur certains écosystèmes. Le fameux principe de précaution, en soi, n’est qu’une déclinaison actuelle d’une vieille vertu déjà exaltée durant l’Antiquité classique : la prudence. La violence anti-réchauffiste qui pullule sur internet, où l’insulte et la menace tient lieu d’argumentation scientifique, témoigne, non du bon sens des anti-réchauffistes, mais de la grande falsification idéologique qui caractérise notre époque, où deux camps opposés peuvent avoir tort en même temps. Aristote et sa logique nous avaient pourtant prévenus : le contraire d’une proposition fausse peut être tout aussi fausse. Or, « Tous les réchauffistes sont des menteurs » s’oppose à « Nul réchauffiste n’est un menteur ». Rien n’indique que si l’une est fausse, l’autre soit vraie, et vice versa.
Mais le réchauffisme politique dégénère en écologie punitive.
Sur cette partie-là, les anti-réchauffistes ont raison (et c’est peut-être, hélas pour eux, le seul point où ils ont raison). Les formations écologistes qui prétendent sauver la planète sont des partis bobocrates et gauchisants, menées par de bons bourgeois, qui ne renonceraient jamais à leur confort, à leur pléthore technologique, à leur obésité matérielle, qui prennent l’avion comme le prolétaire enfourche sa mobylette, et qui donnent des leçons de morale à tout le monde. Les seules mesures qu’ils préconisent consistent donc à surtaxer le peuple, déjà exsangue, pour punir celui-ci de posséder encore une voiture, l’eau courante et l’électricité. Cette contradiction de l’écolo-bobo-land a déjà été suffisamment dénoncée. Inutile de refaire ici la démonstration.
II — Les anti-réchauffistes : le destin comique de tout conspirationnisme mystico-dingo
L’intuition de départ des anti-réchauffistes est également légitime. Elle correspond à ce qui est décrit ci-dessus : l’écologie politique est hypocrite, contradictoire, systémique, veule, ennemie du peuple, gauchisante, etc. Le fait qu’elle s’agrège à des tendances comme le gauchisme, le féminisme, le sans-frontiérisme, la xénophilie, le communautarisme tous azimuts, etc. ne la rend pas davantage sympathique. Le fait qu’elle soit représentée au niveau européen par des personnalités controversées (genre Dany Cohn-Bendit) la rend encore plus antipathique. Elle séduit apparemment l’électorat des très jeunes adultes urbanisés, ce qui n’est pas bon signe : c’est un électorat naïf. Bref ; l’écologie punitive façon khmers-verts n’a rien pour séduire l’homme de bon sens.
Mais les anti-réchauffistes partent dans le délire inverse. Sous prétexte qu’ils ont percé à jour les ténébreuses contradictions de l’écolobobocratie, tels des Hercule Poirot du net, ils se lancent à corps perdu dans un discours lui aussi des plus contradictoires et des plus ridicules.
On passe alors de la dénonciation légitime de l’écologie punitive à un discours technophile délirant. En gros, on peut faire ce qu’on veut, no problemo comme dirait Omer Simpson, la planète va bien tout encaisser, et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes. Les réchauffistes, c’est rien que des méchants qui veulent nous emmerder. A la limite, jusque là, ce n’est pas le plus grave. Ce serait, au pire, une sorte de beauf-attitude en miroir inversé de l’oligarchie bobo.
Mais, il y a pire : la technophilie caractérise aussi ces milieux qui se veulent et se disent réactionnaires et anti-progressistes. J’ai déjà dénoncé cette contradiction qu’on trouve, hélas, dans certains milieux cathos-tradis-conspis totalement ridicules. Je renvoie le Lecteur, par exemple, à mon article sur la connerie moderne opposée à la connerie antimoderne. Certains de ces bouillants complotistes à la droite de la droite sont, en réalité, comme leurs homologues écolos à la gauche de la gauche, de bons bourgeois qui veulent continuer à jouir de toutes les technologies d’aujourd’hui, à ceci près qu’ils en rajoutent une couche à laquelle les écolos athées n’ont jamais pensé : raconter sur internet que la pensée moderne est une œuvre diabolique et luciférienne. Comme ils sont totalement nuls en histoire des idées, tout comme en histoire des sciences, ils ignorent que les technologies post-modernes ne sauraient exister sans les révolutions scientifiques qui ont changé l’Europe à partir de la Renaissance. Du moins, ils s’en doutent mais « j’veux pas l’savoir » comme disaient nos adjudants autrefois…
Un simple GPS est impensable sans la physique relativiste, elle-même disciple infidèle de la physique classique. Alors, oui, je sais bien que certains conspis, y compris des chrétiens, « démontrent » sur YouTube qu’Einstein était un imposteur, que la Terre est plate et même que les satellites n’existent pas. Admettons. Mais le GPS se base sur le principe de la triangulation, laquelle est fille des coordonnées cartésiennes tridimensionnelles, qui ravit actuellement les élèves de TS. Mais j’oubliais : selon nos conspirationnistes, Descartes n’est qu’un rosicrucien téléguidé par Lucifer. Il n’empêche, nos bons bourgeois complotistes adorent les lointains produits dérivés de ce maudit rationalisme moderne… Entendre des trucs pareils, cela me rendrait presque voltairien !
Ccl. — Réchauffistes et anti-réchauffistes : tous technophiles !
En clair : quel est le point commun entre un écolo-bobo réchauffiste et un complotiste anti-réchauffiste ; dans les deux cas, un bon bourgeois en voiture climatisée équipée GPS, toujours le nez sur internet, et qui compte bien jouir à corps perdu de la technique, et même à en crever.
La grande perversion post-moderne, c’est la technophilie…
Le grand communisme post-moderne, se résume en un principe : « Technophiles de tous les pays, unissez-vous ! » À droite, à gauche, à en veux-tu en voilà !
Mais j’ai comme dans l’idée que l’orgie technologique ne durera qu’un temps…
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