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Reflux gastriques

 Le week-end dernier, l’une des plus grandes chaînes privées allemandes, Vox, a proposé à ses téléspectateurs « La liste de Schindler » en première partie de soirée.
A l’heure où le roman d’un inconnu, « Les bienveillantes », connaît un succès inattendu, il est difficile d’échapper au trouble que provoquent les coïncidences. Le passé nous revient comme un reflux gastrique, tant que nous ne l’aurons pas digéré.

Ca doit faire mal, un coup de feu dans la nuque... Comme un coup de n’importe quoi d’autre, asséné très fort, quelque chose qui vous plie et vous jette au sol, vous avez juste le temps de sentir le goût du sang dans le nez, et c’est le néant. Il ne reste plus rien.
Ou plutôt si, il reste l’officier allemand qui range son pistolet fumant et qui s’éloigne. Il reste tout ce qui a permis son geste, la chaîne des complicités, vous y compris : vous ne vous êtes pas débattu, pas de cri. En tremblant vous avez mis les genoux dans la neige. La tête baissée, c’était plus facile pour lui. Au bout de la chaîne, il y a lui, bien sûr. La conviction de faire son boulot, qu’il faut en passer par là pour la race, pour le grand nettoyage. Et puis c’est vrai qu’une simple balle vous a fait taire à tout jamais, plus de protestation, plus de grève, plus de désordre. C’est imparable. La logique est de son côté, de même que la supériorité mentale sans laquelle la force n’est rien.
Les croyants appellent ça la transcendance : savoir qu’il y a quelque chose au-dessus de nous, de plus fort, quelque chose pour quoi nous devons accomplir les choses, même désagréables, parce que ça se situe au-dessus de nos pauvres vies. Quelque chose qui nous permet de dépasser nos limites, nos faiblesses.

La vie continue après votre mort, il reste tout un monde après vous, toute une histoire. Ce travail, par exemple, qui attend l’officier allemand, s’éloignant de votre cadavre à grandes enjambées. Il va vers son devoir. Il reste les autres officiers allemands qui font comme lui, il reste les soldats, ces voix d’hommes qui chantent et qui se donnent en entier en défilant au pas cadencé, visages tendus dans une même direction, et dans une même confiance en l’ordre.

Max Aue, le personnage principal des "bienveillantes", a le sens du devoir, il n’est ni bête ni sadique, les choses seraient plus simples s’il était bête ou sadique, comme ceux qui tirent sans efficacité et descendent dans les fosses pour achever le travail. Max Aue a derrière lui la philosophie, la raison, la culture, qui lui lèguent une Weltanschauung le poussant à agir. Il a la force aussi de dépasser la compassion qui retient son bras. La boucle est bouclée.

Samedi soir dans La liste de Schindler, à la télé allemande, les officiers allemands parlaient avec l’accent de leur région d’origine, Bavière, Autriche, Schleswig-Holstein, leurs descendants par milliers les ont vu agir, occupant la place d’habitude dévolue au film distrayant du week-end. Cueillis à froid, ils ont reconnu les gestes efficaces et la nervosité qui les gagne quand les choses ne marchent pas comme prévu. Ils ont bien vu qu’il n’y a pas une si grande distance que ça entre eux et leurs pères : face à la déraison religieuse des juifs, à leur incapacité de penser juste et droit, il y avait la raison et l’efficacité. Si je fais ceci, alors il se produira cela. Valeurs scientifiques et techniques qui continuent d’avoir cours.
Face à l’intellect triomphant des seigneurs, il y avait les plaintes inutiles des victimes et leur humour désespéré, il y avait des sentiments bruts sans issue, sans avenir et sans affectation au service d’une action concrète.

Mais le temps a passé, et grâce à la force des images, l’émotion -cette faiblesse qui retient le bras- a repris du terrain. Combien ont pleuré devant leur écran ce samedi soir ? Combien ont prononcé le mot pardon ? Vox a été impitoyable, aucune interruption de publicité, pas moyen de remonter à la surface pour se reconstituer et zapper pour éviter de retomber.
Pourquoi n’y a-t-il pas eu de pub ? D’habitude la chaîne ne se gêne pas pour fractionner les films du samedi soir. Là, ils n’ont pas osé, parce que ce que raconte La liste de Schindler contient quelque chose de sacré. Pas le sacré de l’ordre de la transcendance raisonnable de l’officier cultivé, celle-là même qui a débouché sur les camps du vingtième siècle. Pas non plus le sacré religieux qui reliait les victimes à leurs rites incompréhensibles pour leurs bourreaux. Il s’agit de sacré qu’il est vain de décrire, parce qu’il n’est pas de l’ordre de la description par le langage. C’est comme ça, c’est tout, ça ne s’explique pas, ça ne peut que se ressentir.

Les bienveillants, roman français de Jonathan Littell, nous oblige à prendre conscience que nous avons nous aussi à nous regarder en face, même si les officiers qui ont tiré dans les nuques des condamnés qu’ils ont mis à genoux ne sont pas nos pères ou nos grands-pères. Nous sommes contaminés parce que nous aussi avons cette poussée dans le dos, fille de la raison et des Lumières, qui nous propose l’efficacité et l’ordre comme seule ligne de mire.

Retour à la vie en Allemagne, lundi, dans les ateliers et dans les bureaux. On a besoin d’antidotes à l’angoisse, le week-end a été long, on se soutient mutuellement : Il exagère, Spielberg, tout n’a pas été comme il le raconte, et pourquoi il a fait ce film ? Il ne s’est pas fait assez de fric avec ET ?
Tous ces mots permettent de repousser les reflux gastriques, au goût si désagréable, à plus tard. Jusqu’à la véritable prise de conscience, celle qui fait mal comme un coup de feu qu’on reçoit dans la nuque.


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35 réactions à cet article    


  • chantecler (---.---.146.11) 26 octobre 2006 12:16

    Aux Avoxiens ce que je voulais dire tout à l’heure:relisez attentivement le fil de David Roukoz de mercredi, et que les démocrates prennent leurs responsabilités. A D.Riot:peut-être avez-vous raison,mais peut-être avez-vous complétement tort.


    • Bateleur du Tarot Bateleur du Tarot 26 octobre 2006 17:38

      Quel rapport avec l’article votre commentaire peut-il avoir ?

      Et si il y en avait un alors il est plus que nauséabond.


    • chantecler (---.---.146.11) 26 octobre 2006 18:05

      @ Bateleur:sacré farceur !quel rapport.... ? et s’il y en a un, il serait nauséabond......... !Je redis pour ceux qui ont une comprennette plus active que Bateleur:relisez ce qu’a écrit D.Roukoz.Il est question de risque et de courage.


    • Gasty Gasty 26 octobre 2006 12:21

      Le devoir de se souvenir. Merci !

      Cet épisode de l’humanité est valable pour toute l’humanité.



      • otis (---.---.64.135) 26 octobre 2006 17:57

        @ la nonne en cornette ou est ce la nonnette encornée ?

        Tous les vices à la mode passent pour vertus. [Molière]


      • Prêtresse Prêtresse 26 octobre 2006 20:09

        la nonne en martinet.

        « Le coup de fouet de l’instinct... Comme une pucelle qui se débat » Zola.

        — -


      • otis (---.---.64.135) 27 octobre 2006 10:26

        ah !la nonne n’est pucelle qu’on croit ...


      • Internaute (---.---.123.194) 26 octobre 2006 13:49

        Selon un article publié dans Le Figaro.fr du 11 octobre 2006 il y aurait eu 655.000 civils tués depuis le début de l’offensive américaine en Irak.

        « Un chiffre d’autant plus effrayant qu’il illustre l’augmentation démesurée de la mortalité : en octobre 2004, une précédente estimation évaluait à environ 100.000 le nombre de morts liées à cette invasion entre mars 2003 et septembre 2004. Autre conclusion : sur 655.000 décès, environ 601.000 sont dus à des causes violentes, comme des tirs.

        Un tiers des morts sont par ailleurs attribuables aux forces de coalition dirigée par les Etats-Unis. »


        • LE CHAT (---.---.75.49) 26 octobre 2006 14:09

          avec la série « over there » , on atteint les sommets. On massacre et on filme en même temps . Vu l’enlisement actuel , prévoir au moins 5 ou 6 « saisons »


        • Bateleur du Tarot Bateleur du Tarot 26 octobre 2006 17:58

          Là aussi, quel rapport avec l’article et Irak ce sont les Chiites qui massacrent les Sunnites et inversement !? - Si je me rappelle bien ce sont les américains qui nous ont sauvés de la barbarie Nazi, mais peut être le regrettez-vous...


        • jef88 (---.---.248.216) 3 novembre 2006 22:24

          « Là aussi, quel rapport avec l’article et Irak ce sont les Chiites qui massacrent les Sunnites et inversement ! ? - Si je me rappelle bien ce sont les américains qui nous ont sauvés de la barbarie Nazi, mais peut être le regrettez-vous. »

          Les peuples ou nations sont ils eternellement bons ou eternellement mauvais ?

          S’ils ne peuvent évoluer, moi, fils de déporté, je ne devrais jamais discuter avec un allemand et me prosterner devant la statue de la Liberté.

          Mais vous oubliez un facteur. Les peuples entre eux vallent ce que vallent leurs dirigeants. p ex, il serait incongru de confondre Hittler et Merkel.

          La redemption existe au plan international, la haine ne peut être que mauvaise conseillère, seul le dialogue est positif.


        • gerardlionel (---.---.189.137) 26 octobre 2006 13:55

          Il s’agit de l’originalité humaine que de massacrer son semblable ; aussi loin que remontent nos connaissances historiques sur le passé humain, il y a les massacres quelles qu’en soient leurs motifs.

          La spécificité de la Shoa c’est l’industrialisation de la souffrance et de la mort, avec la participation de tout un peuple allemand de l’époque, mais aussi le laisser faire de nombreux témoins éxterieurs !

          Mais de guerres sans nombres (plus ou moins justes comme en Irak en ce moment)en crimes contre l’humanité (esclavage, extermination de peuples originaux...)en génocides (arménien, juif, rwandais...)il n’a jamais manqué ni victimes, ni bourreaux !

          Doit-on invoquer les pulsions de mort et de destruction de son environnement, ou l’aspect foncièrement « mauvais » de l’être humain ? Notre spécificité, la conscience de soi peut-elle expliquer ce qui amène cette violence permanente ?Et la mémoire alors, à quoi sert-elle ?

          Il nous reste ce gout amer de ce que pourrait être cette espèce humaine et qu’elle ne sera sans doute jamais, en paix avec elle même et avec son environnement, respectueuse de tous et de tout !


          • otis (---.---.64.135) 26 octobre 2006 15:04

            Samuel Fuller affirmait que si les producteurs américains ne faisait pas de films sur les camps c’est qu’ils avaient quelque chose à se reprocher ...


            • Bateleur du Tarot Bateleur du Tarot 26 octobre 2006 17:34

              Spilberg démontre le contraire, à quand un grand film français sur la rafle du Vel d’Hiv et la déportation des juifs français (enfants compris) ? - A moins que les français aient quelque chose à se reprocher...

              Ce qui m’attriste le plus c’est que l’homme n’apprend rien de son histoire (voir cet article édifiant)


            • otis (---.---.64.135) 26 octobre 2006 17:51

              Vox n’a pas fait de coupure c’est tres rare,ok

              Spielberg a fait un film,ok

              Samuel Fuller -je pense- disait cela au sortir de la guerre ...


            • Rémi Morin (---.---.32.138) 26 octobre 2006 18:39

              Les américains ont tout à se reprocher ! Que ce soit le recyclage des Nazi, IBM qui a orchestré les camps d’extermination ou Coca-Cola qui a inventé un breuvage pour Nazi (et ainsi éviter de perdre ce lucratif marché !).

              Oubliez pas que BUSH grand père a été un banquier du IIIem reich.

              Pour votre culture allez vous taper quelques livres de Chomsky sur son propre pays. Ajoutez y le livre de William Blum L’État voyou, et allez y donc aussi pour le super reportage ’corporation’ qui en parle également (et de bien autres choses).

              finalement, ce qui est marquant avec la shoa, c’est que les génocideurs ont perdu, et que la propagande collait bien à la réalité (démoniser les Allemands). Et je ne remet pas en cause le génocide, je dis juste que beaucoup de publicité a été fait sur le sujet pour galvaniser le patriotisme et les sentiments populaires anti-Nazi.

              Techniquement parlant, les états-unis ont tué plus de civil depuis 40 ans, que tout ce qui s’est tué dans deuxième guerre mondiale. (sérieusement j’ai pas vérifié mais depuis le début des années ’90, que ce soit au Kosovo, en Yougoslavie, en Irak ou ailleurs, l’attaque de cibles civiles via des bombardements aériens est devenue une stratégie officielle).

              Rémi Morin


            • Bateleur du Tarot Bateleur du Tarot 26 octobre 2006 19:35

              En fin de compte Hitler était peut être américain, ou même juif, allez savoir ma bonne dame. Maréchal, nous voilà...


            • Dyck (---.---.124.190) 26 octobre 2006 19:52

              Alors ça, c’est tout de même un peu fort de café (même philosophique) ! Les Lumières bras dessus bras dessous avec la barbarie nazie (cf vers la fin de l’article) ! Si les SS sont les enfants des Lumières, c’est au moins à la suite d’un sacré viol (le chêne dit de Goethe, pieusement conservé par ces braves gens au sein même de l’enceinte de Buchenwald, on croit rêver, en effet). Aujourd’hui le mot serait « récupération ». Goethe sous le IIIème Reich n’aurait pas fait long feu en dépit des célébrations dont il fut alors l’objet. Ce n’est pas parce qu’Hermann Goering aimait les beaux objets, que le commandant d’Auschwitz lisait chaque soir une histoire à ses bambins pour les endormir, que tel autre collectionnait les éditions rares ou tel autre jouait de la flûte traversière, qu’on a pour autant affaire à des héritiers des Lumières. La question essentielle et dérangeante est : pourquoi ne sont-ils pas de vrais, irréprochables et, en définitive, bien rassurants monstres ? (la question sur « la banalité du mal » n’a pas varié depuis le reportage d’H. Arendt sur le procès Eichmann). Si seulement on avait en face de soi d’authentiques salopards ! Eh non, on est juste confronté à des médiocres. Aucun recul ou si peu, aucun retour sur soi, aucun esprit critique, pire : aucun humour. C’est beaucoup plus embarassant parce que cela signifie qu’une bonne partie de l’humanité peut postuler pour l’emploi de directeur de camp de concentration. Or, et j’en reviens à mon hullulement du départ, l’enseignement central des Lumières c’est celui de la remise en question, de soi, du monde, de tout ce qu’on voudra (pas « l’efficacité et l’ordre » ou alors pas dans le sens qu’on pouvait donner à ces mots dans la Wehrmacht). En d’autres termes, un refus de cette médiocrité qui incline à s’accommoder de tout y compris du pire. Alors comme ça c’est bien les « Bienveillantes » ? Pas le courage d’aller y voir. Et puis écraser une larmichette sur les états d’âmes des bourreaux, il y a tout de même mieux à faire dans la vie, non ?


              • chantecler (---.---.146.11) 26 octobre 2006 22:02

                à lire:la mort est mon métier.(R.Merle)


              • herbe (---.---.136.38) 26 octobre 2006 20:43

                Merci pour cet article.

                N’oublions pas cet appel à la résistance pour aujourd’hui (déjà vu sur agoravox, suivre le lien) des résistants d’hier.


                • Zamenhof (---.---.52.144) 26 octobre 2006 22:08

                  Comme appel des anciens résistants il y a eu aussi celui-là, particulièrement autorisé et de poids vu leur passé et ce qu’ils ont risqué ou payé pour la liberté de la France et pour un avenir CIVILISE : http://reseau.over-blog.com/article-208759.html Anciens Résistants et déportés pour le NON - Constitution européenne

                  (C’est pas fini la « Constitution » ! d’abord ils n’ont pas renoncé à réussir un jour à nous la refiler, et puis les valeurs en jeu sont plus que jamais sur le tapis.)


                • Zamenhof (---.---.52.144) 26 octobre 2006 22:03

                  Excellente analyse psychologique de tout ça. Ce sont des choses qui manquent généralement. Et elles sont des plus utiles, car on finit par bien voir que tout ce qui meut ça ce sont des choses PAS LOIN DU TOUT DE NOUS ni de notre société, de toute société, qui ont constamment tendance à être là, c’est une très untile mise en garde ; à méditer.

                  Dans ce sens il y a aussi un film très utile je trouve, c’est « Des roses pour le procureur » , vu il y a pas longtemps sur Arte, film allemand de 1960 par là. Malgrès son ton « léger » tragi-comique et sa musique de cha-cha-cha 1960, c’est un film très fort, très instructif, qui montre le coté Joseph-Prud’hommesque des nazis, et c’est justement là le plus dangereux !

                  Je crois bien en effet que la plupart n’étaient pas du tout des foux ou des brutes sanguinaires, mais bien des Tartuffe psycho-rigides amoureux viscéraux de l’« ordre » et de l’« hygiène » (un des chefs nazis, Hhimmler je crois, disait, « je fait de l’hygiène, je soigne le peuple allemand » ...), qui jouaient Mozart ou récitaient « Der Mond ist aufgegangen... » en rentrant chez eux après avoir comptabilisé avec sérieux le nombres d’« êtres inférieurs » envoyés au four.


                  • artefact (---.---.130.164) 28 octobre 2006 09:18

                    Le plus terrifiant est que non seulement, il n’est pas nécessaire d’être un fou dangereux pour se laisser aller à ce type de comportements, mais qu’il n’est pas non plus nécessaire d’être psycho rigide. L’enseignement de l’expérience de Milgram est que n’importe lequel d’entre nous, mis dans une situation équivalente, est susceptible d’envoyer, avec une excellente conscience, un inconnu à la mort.

                    http://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Milgram

                    Soyons humbles, ne préjugeons pas de ce que nous aurions été si nous étions nés en 17 à Leidenstadt. L’utilité de cette ritournelle d’auto flagellation est de nous maintenir en éveil : elle permettra peut être, dans notre monde d’aujourd’hui qui ne craint plus de « racialiser » les conflits, de cliver au moins dans les discours les ethnies, de prendre le recul nécessaire pour préférer aimer son prochain à avoir « raison ».

                    Dernière phrase un peu confuse. Je le redit autrement : je préfère mille fois passer pour un pauv’ imbécile béat droit de l’hommiste, que pour un enfoiré. C’est Milgram qui me l’a appris. (Merle aussi : La mort est mon métier parle très simplement du piège de l’obéissance, c’est plus accessible que les bienveillantes)

                    Encore un rabachage, mais pas si inutile que ça je pense : celui qui ne connait pas son histoire se condamne à la revivre.


                  • Internaute (---.---.253.100) 27 octobre 2006 10:21

                    Le plus navrant dans tous ces articles est la perpétuelle ritournelle ressassée à l’infini. On a déjà bouffé du Himmler et du Auchwitz 12.356.789 fois depuis 1981. Cela n’a plus aucun intérêt.

                    Si au moins vous apportiez une vision nouvelle en revisitant l’histoire. Par exemple, parlez-nous du traité de Versailles et qui représentait les nations. Mais non, le principe est toujours le même. L’Histoire ne commence qu’en 1939. Avant, c’est simple, il ne s’est rien passé. Les allemands sont tous des salopes et les juifs de pauvres petites victimes qui n’ont jamais porté la moindre responsabilité. Hitler s’est réveillé un beau matin et s’est dit en se rasant qu’il allait couper la gorge à cent soixante millions de juifs vivant en Allemagne à cette époque. Tous les allemands ont été d’accords sans se poser la moindre question.

                    Là, je vous ai donné le script du prochain Oscar.

                    Pour être plus innovant il faut bien entendu rencontrer le dernier résistant découvert par hazard la semaine dernière et qui peut témoigner de ce qui s’est passé quand il avait 2 ans.

                    Pourquoi y-t-il autant d’auteurs développant ce thème ? C’est un véritable business.


                    • roule ma poule (---.---.146.11) 27 octobre 2006 10:27

                      Super idée Internaute:parle-nous du traité de Versailles !


                    • Dyck (---.---.124.190) 27 octobre 2006 13:57

                      Oui, c’est vrai, si on parlait, je ne sais pas moi, de football, de tournedo Rossini, de Julio Iglesias, des talons aiguilles de Ségolène ou de la baisse de la TVA dans la restauration, bref de sujets essentiels. « Ritournelle » pour la réflexion sur la barbarie humaine est savoureux. En effet, Auschwitz, Hitler et consorts tout cela est d’un lassant, dépassé, plus tendance. On ne va pas continuer à faire un fromage de cette histoire, n’est-ce pas ? Tournons la page, passons à autre chose. Bref : vivons avec notre temps. Le passé est le passé, que les morts enterrent les morts, etc. Bon, et puis, qu’est-ce qu’on y peut, hein ! D’ailleurs Hitler a construit des autoroutes, c’est pas vrai peut-être ! Allez Emile, ressers-m’en une petite goutte ! Seule difficuté : ça fait belle lurette que le discours sur les camps nazis a quitté le champ historique (on sait à peu près tout sur cette question) pour nourrir la réflexion psychologique (comportement humain), sociologique (l’homme en société), politique (l’homme et les mécanismes politiques) voire psychiatrique (déficiences mentales), philosophique, etc. Le camp non pas tant en lui-même mais pour les lumières qu’il est susceptible d’apporter sur le thème (la ritournelle direz-vous) : qu’est-ce que l’homme ? On en parle depuis plus de vingt siècles, on peut, en effet, penser que c’est fatigant à la longue. Au-delà de tout ceci, ce que je trouve regrettable c’est que vous commettez une confusion entre deux choses pourtant distinctes : la nouveauté du sujet et la nouveauté du discours. Vouloir renouveler le discours, qu’à cela ne tienne (si, dans la perspective de ce dont traite l’article, vous avez quelque chose d’intéressant à nous apprendre sur le traité de Versailles, n’hésitez pas). Mais pour le phénomène du camp, vous aurez beau faire, et tout votre désir de neuf ne pourra jamais abolir leur réalité et la réalité des interrogations qu’ils suscitent. Rien ne vous empêche de vous intéresser de préférence à autre chose, mais rien n’empêche que ce qui n’a pas votre préférence puisse avoir celle des autres.


                    • Internaute (---.---.121.16) 29 octobre 2006 18:54

                      @Roule ma poule

                      Je ne vais pas vous parler du traité de Versailles, appelée à l’époque la Conférence Kasher, et qui rappelons-le a redessiné la carte de l’Europe à l’issue de la première guerre mondiale. Entre autres curiosités trés kasher je vous invite à relire le droit polonais de 1920 relatif aux crimes de lèse-juif. Hitler a trouvé dans ce traité l’énergie de sa folie antisémite.

                      N’ayant pas vécu cette époque, je ne pourrais que vous ressortir des extraits hors-contextes, publiés par telle ou telle personnalité.

                      Non, parlons d’aujourd’hui et de la façon dont on construit l’antisémitisme. Il est bien évident que le châtiment collectif n’a aucune excuse, dans les deux sens. Autant la chasse aux juifs faite par Hitler est une saloperie, autant la culpabilisation collective des français, des suisses ou des allemands, 2 générations aprés la guerre est aussi une saloperie qu’ont doit éradiquer.

                      Je veux en venir à ce qui s’est passé en Russie sous Yeltsine. Une bande d’escrocs de haut vol a profité de la situation pour s’enrichir de manière illimitée au détriment de toute la Russie. Il s’agit des fameux oligarques qui ont fait main basse sur les richesses du pays, les chaînes de télévison, les compagnie aériennes, les journaux, l’industrie du pétrole, du gaz et tout ce qu’on pouvait échanger à Yeltsine contre une caisse de Vodka et qui valait des milliards de dollars. Certains sont cachés en Israël, d’autres en Angleterre. Ils sont protégés par les « démocraties ». Ces oligarques sont tous juifs, ce qui a même été dit sur TF1, ce qui m’a extrêmement étonné de la part de la télé française. Cela a été trés vite dit, juste deux mots. Rappelons que le holding propriétaire de Youkos est Menatep, enregistré à Gibraltar et dont le principal actionnaire n’est autre qu’un Rothschild (cf article du Figaro).

                      Ceci étant posé, que remarque-t-on ? Au lieu que la presse dénonce les quelques brebis galeuses qui salissent l’honneur de la communauté juive, au lieu de faire des émissions phare sur Antenne2 au sujet des oligarques juifs en montrant leurs magouilles, elle se tait, elle fait semblant qu’ils sont « russes », elle crée un amalgamme où on laisse croire que les russes sont des maffieux, elle jette l’opprobre permanente sur un pays et sur Poutine alors qu’il fait ce qu’il peut pour assainir la Russie exangue aprés 70 ans de communisme et 10 ans de pillages.

                      Dans ce contexte, que voulez-vous que pense la population Russe qui gagne 200 euros par mois et qui voit un milliardaire de trente ans s’acheter le club londonien de Chelsea ou se vanter d’investir « leurs » milliards à l’étranger ? Le passage du cas particulier « une bande d’escrocs juifs » au cas général « la communauté juive vit à nos dépens » est naturel et vient tout seul.

                      Il est criminel de demander aux autres un devoir de mémoire au sujet d’événements dont la pluspart d’entre nous n’ont même pas entendu parler dans leur famille et laisser se développer sous nos yeux le prochain « devoir de mémoire ». Le devoir de mémoire d’aujourd’hui consiste, pour la communauté juive, à regarder les heures noires de son passé récent et à le reconnaitre comme elle demande aux autres de le faire. Il ne servira à rien, dans trente ans, de demander aux écoliers de se souvenir d’actes anti-sémites en Russie en oubliant soigneusement tout ce qui s’est passé avant qu’on en arrive là.


                    • armand (---.---.74.218) 29 octobre 2006 19:11

                      @Internaute

                      Certes, certes, et c’est courageux de démonter le phénomène. De même, l’antisémitisme de Drumont et de Guérin avant la guerre de 14 se nourrissait du grand nombre d’oligarques de l’époque israëlites (les autres étaient le plus souvent protestants). Et inversement, les Russes blancs n’ont pas fait faute de signaler que la majorité d’opératifs bolcheviks étaient juifs. Mais il serais juste aussi, puisqu’on regarde les dessous des cartes, de trouver des explications dans les stratégies de survie qui font que certaines minorités ont surinvesti les métiers financiers et intellectuels au fil des siècles. Et de toute façon, entre l’antisémitisme classique, souvent d’ordre purement religieux, et l’entreprise de destruction industrielle mise en oeuvre par Hitler, il n’y a plus la moindre mesure. Un rectificatif quand même : les oligarques gagnés à Poutine sont aussi, dans bien des cas, juifs...


                    • (---.---.80.59) 27 octobre 2006 15:51

                      il ne fait pas bon être allemand, ni français par les temps qui courent, être obligé en permanence de se flageller en raison d’actes du passé, dont on sait pertinemment que personne ne va les oublier de si tôt, pour payer quoi, pour payer qui ? Les victimes directes des atrocités nazies ont majoritairement disparues maintenant, seules les plus jeunes d’entre eux peuvent encore témoigner de ses actes barbares, et je ne pense pas que ce soient elles qui exigent encore des allemands ou des français, dans leur globalité, un repentir perpétuel, un méa culpa collectif. Des lobbies confessionnels extrémistes voudraient que nous expiions jusqu’à la trentième génération les crimes de quelques uns...de quoi conforter l’industrie pharmaceutique dans sa production de mopral et d’oméprazole, médicaments efficaces dans le traitement des reflux gastriques...et les mouvements néo fascistes, néo nazis. En voulant cette démarche, c’est évidemment l’effet inverse qui va se produire, et les schémas qu’ils voulaient dénoncer dans leur démarche punitive vont reprendre corps et se retourner à nouveau contre eux...


                      • Dyck (---.---.124.190) 27 octobre 2006 17:23

                        Mais qui parle de punir, de flageller, d’expier ? Vous allez trop souvent à la messe. Il est question de mémoire et de réflexion. Que le sujet soit plus douloureux que d’autres, certainement, mais est-ce que cela l’invalide pour autant ? En ce cas, interdiction de parler de la mort, de la guerre, de la vie, de la paix, de l’avenir du monde, des cors aux pieds. Pour commencer, jetez un oeil dans la presse, le sujet n’est pas spécialement rebattu, pas plus du moins que la bulle immobilière, les maladies cardio-vasculaires, le réchauffement climatique, comment maigir en se goinfrant, que sais-je encore, tous sujets têtes de gondole. Ensuite l’argument : attention continuer à évoquer les camps c’est donner du grain à moudre aux néo-nazis et néos de tous poils, est tout de même un argument un peu court et, poussé à son terme, il aboutit à un théorème d’une espèce singulière : parler de la barbarie c’est risquer de la subir. Enfin, qu’il finisse par rester peu de survivants des camps et que ça ne vaille donc plus la peine de s’emmerder avec ces fadaises, c’est une curieuse façon de raisonner. Ca serait comme un bistrot où on attend que le dernier client soit parti pour fermer la boutique ? Il reste, je crois, 3 ou 4 « poilus » de la première guerre. Quand le dernier aura cassé sa pipe faut-il rayer des programmes d’histoire le chapitre sur la guerre de 14-18 ? Ce n’est pas pour faire chaud au coeur des survivants et se montrer sympa envers eux (les malheureux, tout ce qu’ils ont subi !), non ce n’est pas seulement par compassion qu’on peut réfléchir sur les camps mais c’est parce que la question dépasse, et largement, le plan de l’anecdote historique ou celui de la recherche des responsabilités : il s’agit d’un phénomène humain dont les enseignements sont riches pour l’appréhension et la compréhension de toute une série d’activités et de comportements humains (l’aliénation au travail, le rapport à la loi, le système répressif, la manipulation de l’opinion, les procédures de contrôle et de contrainte sociales, etc.). C’est d’ailleurs ce qu’un certain nombre d’entre eux a fait (on pense d’abord à Primo Levi). Refuser de voir cela, en se contentant de maugréer un « ils nous saoûlent avec leurs histoires » c’est passer à côté de l’essentiel, qui n’est pas, en effet et comme vous le dîtes, de taper sur les allemands, les français ou les esquimaux mais de tirer profit de l’éclairage inédit que cette expérience monstrueuse grandeur nature a apporté sur l’humain.


                      • (---.---.8.91) 27 octobre 2006 16:29

                        Mais si, mais si... vous aimez tous ça vous flageller ou flageller autruis...sinon que dire sur ce fil ? Allez continuez, avec vos américains,vos nazis... et meme maintenant la répentance et sa dénonciation dans un meme mouvement et que vient faire ici la raison et ses lumieres ?Voulez vous nous tirer un balle dans la nuque ? pour qu’on puisse vous dire commment c’est...juste avant l’obscurité.


                        • Marcel Chapoutier (---.---.71.55) 29 octobre 2006 19:25

                          Les Allemands ne sont pas les seuls à devoir assumer un lourd passé de crimes contre l’humanité commis par leurs dirigeants élus. Ils ont au moins le mérite (si je puis dire) que les choses soient claires et bien définies tandis que nous français assumons très mal les nombreux cadavres planqués dans les placards de la république. Quand aux américains champions de la démocratie n’en finissent jamais de clore la longue liste de leurs crimes aussi bien contre leur population que dans de nombreux pays d’Asie et d’Amérique du sud. J’en veux pour preuve la déclaration ahurissante de Dick Cheyney qui déclare que le supplice de la baignoire n’est pas de la torture, ce qui rappelle le Gnl Massu disant que la gégène ne procurait que de légers chatouillements sans douleur.


                          • (---.---.37.70) 30 octobre 2006 10:22

                            Bon, Speilberg fait de bonne fiction, mais trop larmoyant, trop de violons dedans.

                            Quand à la liste de chindler, à part lorsque le type flingue au sortir du lit les prisonnier du camp, ce n’est pas du tout un film drôle. C’est même assez long et emmerdant. Mais bon, speilberg est juif, alors il tente de faire sérieux et chialler. Ca vaut pas les 12 salopards.

                            Quand au devoir de souvenir, je ne me souviens pas de tout ca, donc ca ne concerne que les criminels et les juifs de cette époque, morts depuis longtemps. On aurait préféré savoir ce qu’on fait les juifs pour être autant détestés.

                            Il y a part contre un devoir d’oubli qui me semble necessaire, surtout que, franchement, les génocides il y en a un paquet. La seule différence, c’est que pour les autres il y a rarement eut de survivants..

                            Bref, il faudrait arreter de nous bassiner avec ces vielleries qui ne nous concerne en rien.


                            • Plus robert que Redford (---.---.140.46) 30 octobre 2006 11:25

                              Je suis assez d’accord pour renvoyer toutes ces querelles aux poubelles de l’Histoire. Il y a un temps pour tout, et le devoir de mémoire ne doit pas être touillé avec une sauce Culpabilité/Remords du genre de celle qui donne des aigreurs d’estomac.

                              Il est temps de faire du passé table rase, et de se tourner vers l’avenir, ou bien, a minima, de considérer le présent, comme des tâches qui requièrent toute notre énergie.

                              Ne plus considérer les erreurs et les atrocités passées comme des blocages par les descendants de ceux qui les ont commises, ou des excuses absolues par les descendants de ceux qui les ont subies !

                              Je ne suis pas comptable des manquements de mon grand père ou de mon arrière grand père (et même plus...)

                              et comme disait un certain « Jamel » : Arrêtez d’ouvrir des Kebab-frites ! Soyez Avocats ou Médecins, travaillez deux fois plus et soyez compétents, « Ils » seront bien obligés de vous accepter...

                              La victimisation mollassonne ou agressive n’est en rien une attitude de progrès, pas plus que les reflux gastriques n’améliorent l’efficacité au travail !

                              NE PAS OUBLIER reste néanmoins fondamental, afin que nous puissions tous ensemble faire mentir le vieil adage :

                              NOUS APPRENONS DE L’HISTOIRE QUE NOUS N’APPRENONS RIEN DE L’HISTOIRE !

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