J’ai peur qu’en vous répondant je ne fasse qu’accentuer votre sentiment que je mon jugement est biaisé et que nous ne parvenions pas à nous entendre. Sachez par ailleurs que mon opinion est moins tranchée que ne le laisse entendre la phrase qui a suscitée vos griefs. Mais d’ici à ce que j’arrive à coucher sur le papier mes idées sans me livrer parfois à quelques raccourcis, tellement d’eau aura coulé sous le Pont Neuf qu’il sera devenu le plus vieux pont de Paris ! Mais bon, puisque c’est la cas...je me lance :
1) si le sionisme trouve certes sa justification dans la Bible, la décision n’en fut pas moins politique il y a 60 ans. De plus, vous semblez connaître le monde "arabo-musulman" (cf votre dernier paragraphe), vous conviendrez donc que, dans ces pays comme en Israël (et il est intéressant de noter la symétrie,malgré la différence de religion) on assiste à une sécularisation de la population, plus ou moins rapide, plus ou moins intense, plus ou moins affichée (ou affichable), depuis plus ou moins longtemps, malgré parfois quelques retours en arrière. Je n’en conclue pas qu’il s’agit d’une tendance de fond et que la sécularisation est quasi-irrémédiable (comme semblent le faire Emmanuel Todd et Youssef Courbage dans Le rendez-vous des civilisation sur des données statistiques), mais c’est en tout cas constatable depuis de nombreuses années. Palestiniens et surtout Israëliens ne dérogent pas à la règle. L’intégrisme religieux existe mais il est au sein de la société israëlienne minoritaire, comme (presque) partout ailleurs. Les mariages mixtes sont interdits par loi ? Je l’ignorais et j’en suis surpris. J’aurais des choses à dire sur l’influence de la religion face au problème du mariage mixte (ça me fait mal d’associer problème et mariage, je vous l’avoue...)...les mentalités sont dures à changer et il n’est pas nécessaire d’aller en Israël pour être confronté à ce type de barrières, elles existent aussi ici, en France, dans des familles chrétiennes...mais là n’est pas le débat, si les mariages mixtes sont effectivement interdits...
2) le discours du Hamas, et sa charte qui proclame comme objectif ultime la destruction d’Israel souffre des déclarations plus nuancées ces dernières années de ses dirigeants (retour aux frontières de 67 ?), qui dirigent aussi un parti politique, qui doivent donc être élus (et qui l’ont été d’ailleurs) et qui, comme partout tâchent d’être à l’écoute de leurs électeurs. Il est intéressant en outre de noter que les Palestiniens sont la seule démocratie arabe qui ne soient pas "chapeautée" (qui par le Roi Mohammed, qui par le Général Ben Ali, etc...) et que leurs institutions (laïques, si tant est qu’on puisse dire d’institutions qu’elles sont laïques, je prends le pari !) résistent (tant bien que mal, il est vrai) à une situation incroyablement compliquée et périlleuse...
3) au sujet des guerres religieuses, pardon de vous opposer trivialement cet exemple mais c’est vous qui l’avez provoqué... : qui dit guerre de religion dans l’histoire pense immédiatement aux Croisades, non ? Vous voyez sans doute où je veux en venir... Les Croisades, dont la justification était religieuse, dont les acteurs et les faits (massacres en tous genres, pillages de temples...) démontraient tous les jours la religiosité, n’avaient-elles pourtant pas comme but de donner aux nobles de nouvelles distractions, de nouveaux pouvoirs et de nouvaux fiefs. Même si la religion est au coeur de la justification et qu’il ne s’agit surtout pas de nier son importance (je ne suis pas un extrêmiste de la pensée, il y a de la place pour la nuance), je pense pour ma part que la religion est plus un prétexte qu’une cause. Sans nier l’importance qu’elle revêt parfois, voire souvent dans la pensée et les actions du peuple et de certains décideurs politiques...
Enfin, pensez-vous que les Palestiniens agiraient différemment si un Etat officiellement catholique, protestant, orthodoxe, laïc, voire même musulman (je vous passe les hindous, les boudhistes, etc...) menait en lieu et place d’Israël la même politique ? Je ne le pense pas, aussi antisémites que soient incontestablement certains d’entre eux.
Sur ce, je vous souhaite une excellente nuit et vous remercie pour vos remarques !
Vous m’insultez mon cher lecteur ! Moi ,embrouillé par notre ami ?
Laissez-moi tenter de vous démontrer le contraire : Son insistance sur le le terme "musulman" je l’avais notée aussi, mais désireux de ne pas alourdir l’article et risquer de dissiper mon propos (déjà abscon au regard des commentaires qu’il a entraîné...) j’ai finalement laissé tombé cet aspect de son discours. J’allais même d’ailleurs plus loin que vous, prêt à suggérer (effronté que je suis envers l’illustre ancien) qu’en insistant sur les populations musulmanes sur lesquelles il avait tenté d’entraîner l’attention du public et des média, il essayais discrètement (ce filou calculateur) de montrer que son combat est universel (ben oui, puisque les autre fois il défendait les musulmans, logique !) et seulement guidé par un idéal de paix et de justice.
Pas d’embrouille donc. Contrairement à ce que vous semblez penser, je ne suis pas le roi de dupes et très franchement, je m’attendais à ce qu’en écrivant "BHL a raison" en début de texte j’ai droit à quelques remarques acerbe (ben oui, c’était fait pour ça : séparer le lecteur assidu du fougueux partisan ) mais pas que personne (ou presque) n’irait au bout de l’article pour se rendre compte que mes conclusions vont à l’encontre de son discours. Si je dis bien qu’il a raison de constater l’asymétrie médiatique (comme vous d’ailleurs), je ne partage pas du tout la résonnance mystérieuse de cet état de fait et j’essaie modestement de l’expliquer ! (tout comme vous...d’ailleurs à votre idée de durée j’adjoindrais, l’idée de "permanence de la nature du conflit", car là se situe selon moi effectivement la différence avec d’autres conflits contemporains, qui ont pour beaucoup des racines encore plus anciennes...)
Selon moi, enfin, on ne peut pas être exhaustif quand on n’a que 5 minutes de débat (les affres de la télévision...un conseil, jetez votre poste par la fenêtre si ce n’est pas encore fait ) . Du coup il balance ses bribes, escamotant effectivement à tout va mais c’est presque obligatoire, il énerve les uns, convaint les autre et s’en retourne sur son noble destrier, les cheveux au vent !
En vérité je vous le dis, je suis d’accord avec vous !
Et je passe mon temps à m’insurger contre les chiffons rouges agités par les hommes politiques (au pouvoir ou pas) et les agitateurs de tout poil qui phagocytent l’espace médiatique, tel que notre héros du jour...
Mais pourquoi ai-je alors écrit cet article, me direz-vous ?
Premièrement, j’ai été pris d’une irrépressible envie d’écrire là-dessus, qui s’explique sûrement grâce au deuxièmement...
Deuxièmement, il me semblait judicieux de, non pas casser du BHL comme je vois et j’entends (parfois avec délectation, cf là-bas ) tout le monde le faire à longueur de journée (je ne sais pas d’où vient la légende que BHL est populaire, je n’ai JAMAIS entendu ou lu quelqu’un dire ou écrire du bien de lui, en tout cas pas ces dix dernières années, c’est peut-être le privilège de la jeunesse...allez savoir), mais d’essayer, avec un soupçon d’outrecuidance, de déconstruire son discours et de proposer une alternative à sa théorie du néant ("c’est mystérieux").
Je joue avec le feu et d’ailleurs je me brûle puisqu’il me semble que personne n’a finalement compris ce que j’ai écrit, aveuglés pour la plupart par la phrase "BHL a raison"....tiens, encore un chiffon rouge...personne n’a semble-t-il vu (ou peut-être m’exprimé-je définitivement et affreusement mal ?) que je n’étais pas un laudateur de notre brave penseur mais au contraire un critique de sa rhétorique imparfaite et partisane (pourtant je l’ai écrit, non ?)
Je n’ai donc, comme vous le disiez, fait que contribuer à faire parler de lui, réquisitionnant du temps de cerveau disponible ,qui aurait certainement été mieux employé ailleurs...je m’en excuse encore platement, en tout cas auprès de vous...et j’espère que cette petite mise au point aura permis de...mettre les choses au point (et donc d’annuler l’inutilité en sursis de mon article !)
Cher lecteur,
je connais et j’ai lu Albert Jacquard.
Je connais et je n’ai pas lu Bernard-Henri Lévy.
Je vous sais gré de vos conseils. Ils sont avisés.
Cependant, me semble-t-il, je ne fais pas dans mon article une apologie de BHL, j’envisage simplement qu’au coeur de l’indigence, unanimement reconnue par l’intelligentsia, de sa pensée (et vous avez le droit de penser que le mot est trop fort !), se glissent évidemment des éléments qui trouvent un echo auprès d’un certain nombre de personnes. Il s’agit là de comprendre pourquoi. J’essaie, modestement et trop rapidement (mais je n’ai malheureusement ni l’envie ni le temps de consacrer une thèse à BHL...), de déconstruire sa pensée sans avoir recours à des théories complotistes que je ne suis pas en mesure d’étayer...
J’essaie ensuite d’expliquer, modestement aussi, pourquoi ce retentissement du conflit n’est pas "mystérieux" comme il le martèle (et notre gentil journaliste, béat, d’acquiescer et de relancer...pas facile le direct).
Relisez mon texte, il est je crois, et ce sera là mon unique tentative d’immodestie dans cette réponse, plus riche que vous semblez le croire...
ps : à mon tour de vous conseiller un auteur : j’ai lu dernièrement Race et Histoire de Claude Lévi-Strauss...c’est confondant de voir à quel point cette pensée n’a pas vieillie...