« Transfrontaliser » dans le sens de prendre conscience du fait que la lutte est la même au-delà des frontières et gérer les conséquences de cette prise de conscience, comme le font, par exemple, ceux du NoTav venus manifester à Lyon et s’inspirer mutuellement avec les activistes français, certains venus des Landes ainsi que l’a rapporté le bon Olivier Cabanel sur ce site même (bon, enfin, venus *essayer* de manifester malgré le régime et de sa flicaille). Malheureusement, il y a des tas de choses qui s’opposent à cette prise de conscience, à commencer par l’acharnement que mettent les médias et les politicards des régimes en place à taire tant l’existence des faits proprement dits que d’une quelconque communauté d’intérêts de part et d’autre des lignes frontalières, jusqu’à la paresse linguistique et culturelle d’un peu tout le monde, en passant par les nationalismes bornés et les sectarismes rétrogrades.
Pourtant, ceux qui gèrent le monde – plus que jamais au détriment des populations – l’ont compris depuis belle lurette ; de fait, pour eux, les frontières n’existent pratiquement plus (à moins que l’un d’eux ne sorte du rang et ne refuse de jouer le jeu, auquel cas on l’empêche à coups de prétendues sanctions de se promener ou de promener son fric comme il en a envie, à moins bien entendu qu’on ne lui tape une guéguerre sur la gueule). Pour eux, les nationalismes sont des phénomènes du passé qu’ils s’échineront à niveler tant qu’ils en auront la possibilité, tout à fait de la même manière que les élites des capitales nationales s’étaient évertuées au cours des deux derniers siècles à faire disparaître les régionalismes et tribalismes qui existaient sur les terres dont elles s’étaient assurées la domination.
Se concentrer sur sa petite nation, que soit la France, la Belgique, Andorre, Malte ou la Suisse, ça revient d’une part à entériner les systèmes culturels répressifs déjà en place et, de l’autre, à gaspiller des énergies, aussi rares que précieuses, qui devraient plutôt être consacrées à cultiver et protéger la richesse des cultures de l’humanité (sans oublier la nature) en butte à l’acharnement des seuls pouvoirs transnationaux qui existent à ce jour.
S’il fallait donner des exemples, je finirais par écrire un livre. Mais je pense qui suit un tant soit peu l’actualité saura les trouver sans difficulté. Pour me contenter de la lutte des NoTav à peine mentionnée, combien sommes-nous à nous imaginer que celle-ci est indissociable de l’opposition à l’extension pharamineuse de l’OTAN à l’échelle de la planète ? Pourtant, certaines gens bien informées pensent qu’au-delà des gros sous ne demandant qu’à sonner dans les tirelires des entreprises de cimentification, il existe un plan à long terme en vue de l’établissement d’un réseau de transport terrestre rapide (d’équipement et d’armements, ça va de soi) s’étendant de Lisbonne à Kiev.
Sous cet angle, se battre chacun pour son clocher national, c’est tout ce qu’il y a de plus contre-productif.
Ces m’sieurs-dames signataires devraient peut-être faire l’effort d’écouter ce que répond M. Poutine dans sa dernière conférence de presse (sur RT, par exemple : http://rt.com/politics/putin-magnitsky-law-rights-975/). Ils pourraient ainsi se rendre compte, en vertu de leur propre logique, qu’il conviendrait plutôt d’appliquer ce genre de sanctions aux Etats-Unis, pays dont une majorité de hauts fonctionnaires sont criminels de guerre ou criminels tout court. Puis, sans doute étais.je endormi au volant, mais je ne me souviens pas d’avoir lu un appel signé par ces mêmes m’sieurs-dames en anticipation des JO de Londres. Or, en considération des crimes commis par la GB de par le monde, encore tout récemment, c’est curieux, tout de même.
Ceci dit, les JO, je m’en fous, et s’ils pouvaient disparaître de l’histoire... donc, plus on les boycotte et mieux c’est, mais pas en utilisant la Russie comme prétexte.
Chouette, ça ressemble pas mal aux demandes du Movimento 5 Stelle (entre autres) en Italie, que le régime et ses magouilleurs et politicards, terrorisés qu’ils le sont par son avance dans l’opinion publique, essayent de discréditer à tout prix, en plus de lui mettre toutes les arnaques légalistes possibles dans les roues. Pourvu que ces bons Slovènes ne ratent pas l’occasion de transfrontaliser leur lutte !
Je confirme par ailleurs que ça se pratiquait au Danemark jusque dans les années 60 ou 70 - l’incertitude est due au fait que, contrairement à la Suède, ce n’est pas quelque chose qui a fait grand bruit au Danemark : le peu qui a été publié, les gens s’en foutent. Mais il y a rien que six-sept ans de cela, une médecin-en-chef danoise âgée d’une petite quarantaine d’années, mari médecin-en-chef lui aussi, trois jeunes fils élevés dans le culte du foot et rien d’autre, me disait sans trace d’ironie que, bien sûr, il fallait les stériliser, ces gens-là, car ce sont eux qui se reproduisaient le plus. Ben voyons...
Très beau, tout ça, même si on considère la Guerre de 14-18 comme un phénomène isolé. Ce qui n’est pas du tout le cas, par exemple, pour les peuples des Balkans, qui en bavaient déjà depuis plusieurs années, ni pour les peuples qui vivaient dans l’enceinte de l’empire russe, et qui eux continueront à en baver au moins jusqu’en 1921. De même, cet article un tantinet ethnocentrique passe sur le fait que les victimes de cette guerre ont été bien plus nombreuses sur les fronts ottoman et russe. « Grande » est un mot trouvé à l’époque, et qui colle encore dans les chaumières de l’Occident – je vous laisse deviner à quelle activité belliqueuse un Afghan accollerait l’adjectif « grande ». A chacun son « storytelling », donc.