Croissance démographique, un péril planétaire
L’argument démographique n’est pas une imposture
Aujourd’hui encore, y compris chez de nombreux écologistes ou se réclamant comme tel, la question démographique reste un sujet tabou, voire totalement inapproprié et aborder cette question, c’est être considéré comme un dangereux « suppôt » du capitalisme, voire un imposteur. Un exemple, avec Pierre RABHI lorsqu’il déclare au journal La Croix du 14 /11/2017 : …« L’argument démographique est une imposture. Il y a bien longtemps que je combats cette idée. Il y a largement de quoi nourrir tout le monde. La question est celle de l’équité, de la répartition des ressources »… https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Environnement/VIDEO-Pierre-Rabhi-Largument-demographique-imposture-sauver-planete-2017-11-14-1200891955. Il considère donc que le Président de la République Emmanuel MACRON est un imposteur, quand celui-ci évoque la question démographique à l’issue du G20, ou plus récemment en visite officielle en Afrique. Mais se rend-il compte qu’il agresse également tous les écologistes et ceux qui considèrent que la question démographique et sa croissance continue représente un réel péril planétaire, comme l’ancien Ministre Yves COCHET des Verts ou l’association Démographie Responsable https://www.demographie-responsable.org/ qui ne cesse de démontrer les effets désastreux de la croissance démographique et formule aussi des propositions pour réguler cette croissance http://economiedurable.over-blog.com/2016/11/pour-une-demographie-responsable.html .
Mr. RABHI, ne semble pas s’inquiéter que depuis le premier « avertissement » des scientifiques à la planète, en 1992, l’humanité a augmenté de plus de 2 milliards d’individus, pour atteindre, 7,6 milliards, selon la dernière révision des Nations unies, dans son rapport de juin 2017. Soit une croissance de 35 % qui alerte les scientifiques, au regard notamment des capacités de la planète à nourrir cette population.
Si la « confrontation » des idées nourrit réciproquement la réflexion de chacun, par sa déclaration agressive, Mr. RABHI, loin de nourrir la réflexion s’enferme dans une logique de pensée chère à l’extrême gauche. Il oublie que plus nous sommes nombreux et malgré les écarts en consommation d’une société à l’autre, plus rapidement nous épuisons toutes les ressources naturelles, au premier rang desquelles les énergies fossiles. Lorsqu’il n’y aura plus rien à partager, comment envisagera-t-il la répartition ?
Quelques rappels concernant la croissance démographique et ses effets
La révolution industrielle créa un fort bouleversement. Au cours du 20ème siècle, la population mondiale est passée de 1,65 milliard à 6 milliards. En 1970, la population mondiale représentait la moitié de celle d’aujourd’hui.
A partir des années 1950, nous assistons à une accélération extrêmement importante de la croissance démographique. Alors qu’il a fallu plusieurs millénaires pour atteindre le premier milliard d’humains (1830), ensuite un siècle pour atteindre 2 milliards (1930), 30 ans pour atteindre les 3 milliards (1960), 25 ans pour atteindre 4 milliards (1975), 13 ans pour atteindre 5 milliards (1988), 12 ans pour atteindre 6 milliards (2000) et 11 ans de plus en Octobre 2011 pour atteindre et dépasser les 7 milliards (7,6 milliards au 1er Novembre 2017). Actuellement, c’est près de 83 millions d’humains par an qui s'ajoutent à la population mondiale, C'est un peu comme si chaque année, on ajoutait la population de l'Allemagne et celle de la Slovénie à la population mondiale.
Entre 1975 et 2015, la population de la planète a presque doublé, passant de 4 milliards d'habitants à plus de 7 milliards. Pendant la même période, en se référant à l’étude de B. SUNDQUIST de l’institut du Minesota, publiée en 2000 (Topsoil loss - Causes, effects and implications : a global perspective), où il estimait que plus de 100 000 km2 de terres arables disparaissaient annuellement, autrement dit entre 1975 et 2015 (40 ans) c’est plus de 4 millions de km2, cela correspond à la superficie des 28 pays de l’Union Européenne (4,5 millions de km2). Depuis 2000, date de la publication de l’étude, la situation n’a guère évoluée dans le sens d’une amélioration et les chiffres les plus récents fournis par les experts confirment que les données de B. SUNDQUIT sont toujours valables aujourd’hui.
En 1975 la population Française était de près de 53 millions d’habitants. En 2015 (40 ans après) elle est de 66 millions d’habitants, soit une progression de près de 25%. Chaque jour c’est plus de 220 hectares, ou l’équivalent de 4 exploitations agricoles qui disparaissent. Cette destruction des terres agricoles est essentiellement due à une forte urbanisation qui s’accompagne souvent de projets routiers et autoroutiers non utiles destructeurs de dizaines de milliers d’hectares agricoles, tel le projet A 45 entre St. Etienne et Lyon, mais aussi diverses grandes zones commerciales ou projets de loisirs et aéroportuaires (Notre Dame Des Landes) sans compter l’impact énergétique et en rejet de gaz à effet de serre.
La densification des centres urbains, loin de le préserver contribue encore davantage à l’étalement urbain vers les zones rurales de périphérie. Entre 1960 et 2010, les surfaces urbanisées sont passées de 2,5 à 5 millions d’hectares, soit le double.
Aujourd’hui, en Europe, mais aussi en France, 80% de la population est urbaine. Les villes sont d’importantes consommatrices de ressources naturelles et d’espace. Avec une croissance démographique continue, les politiques de densification urbaines, loin de réduire l’espace territorial d’occupation de l’habitat, malgré le développement des constructions en hauteur, outre les mauvaises qualités de vie, génèrent inévitablement de l’étalement urbain vers leur périphérie rurale, entraînant une croissance des besoins notamment pour les transports, mais aussi des inégalités sociales, où les populations les plus défavorisés sont rejetés à l’extérieur des zones centrales. Dans les communes rurales à proximité des grand centres urbains, où se conjuguent activités traditionnelles de production agricole et forestière, souvent peu respectueuses des milieux, avec des fonctions émergentes que sont l’accueil d’activités de production ou de loisir transférées depuis le tissu urbain, elles sont également fortement touchées par les effets de la croissance démographique en besoins de ressources naturelles et d’espace.
Les besoins croissants de loger les nouvelles populations qui résulte de la croissance démographique, auxquels s’ajoute les vagues de migrants et des politiques d’urbanisme souvent désordonnées par des communes en concurrence qui ont toujours plus de besoins d’espace entraîne La pression de la hausse du prix du foncier, contribuant ainsi avec la vente des terres par les agriculteurs à l’abandon de l’activité agricole, phénomène qui s’est accéléré ces dernières années.
Une urbanisation explosive, même si aujourd’hui sa croissance est moins forte dans les grandes villes
A titre de comparaison, pourcentage de la population mondiale habitant en ville : 1800, 3,4 % - 1900, 15 % -1950, 30 % - 2007, 50 % - 2015, 69 %. En 2007, le taux d'urbanisation atteint le seuil historique de 50 %, la population urbaine dépasse la population rurale. (Source WIKIPEDIA)
Au rythme actuel et d'après les projections de l’ONU, 65 % de la population sera urbaine en 2025, et plus de 80 % dans de nombreux pays. Il y a déjà en 2000, 213 villes de plus d'un million d'habitants, et 23 métropoles de plus de 10 millions d'habitants. A titre de comparaison, en 2017, plus de 600 villes ont plus d'un millions d'habitants et 46 villes plus de 10 millions d'habitants. Selon l’ONU (FNUAP), la population urbaine pourrait encore doubler d'ici 100 ans. Entre 1900 et 2000, la population urbaine a été multipliée par 20 alors que la population mondiale se contentait de quadrupler (ce qui est déjà considérable).
Dans les années 1960-1970, les taux de croissance de nombreuses agglomérations atteignaient les 7 à 8 % annuellement, ce qui donnait un doublement en 10 ans. Aujourd'hui, les mêmes agglomérations ne s'accroissent plus que de 1 à 3 % par an. Les chiffres de population les plus récents montrent en effet, tous sans exception, une baisse importante de la croissance démographique urbaine. Pour autant, l'augmentation de la population dans les villes n'est pas terminée, celle-ci reste largement positive et les taux s'appliquent à des effectifs énormes : 2 % supplémentaires par an représentent tout de même 30 000 habitants pour une agglomération de 1,5 million d'habitants.
Croissance de la population, synonyme de croissance des besoins en produits agricoles et en eau
Suivant les projections faites par les experts, en 2050, l’augmentation de la population devrait se traduire par un accroissement de 70 % de la demande mondiale en produits agricoles. Au rythme actuel de destruction des terres arables, il y aura plus de 3 millions de km2 qui auront disparu, soit 5 fois la superficie la France. Si la croissance démographique se traduit par des besoins accrus en produits agricoles cela s’accompagne également par des besoins croissants en eau. L’agriculture demeure le secteur le plus gourmand en eau puisqu’il représente à lui seul 70% de l’ensemble de la consommation (contre 20% pour l’industrie et 10% pour les besoins domestiques). Si rien n’est fait pour rationnaliser son utilisation dans l’agriculture, les besoins en eau devraient augmenter de 70 à 90% d’ici 2050 alors même qu’un certain nombre de pays atteignent déjà les limites de leurs ressources en eau.
Parallèlement, ces dernières années ont été marquées par une évolution des modes de consommation alimentaire, qui s’est traduite notamment par une plus forte demande en viande et en produits laitiers dans les pays émergents. Or, si la production d’un kilo de blé nécessite de 800 à 4000 litres d’eau, un kilo de viande de bœuf en demande entre 2000 et 16 000 litres. On estime que le consommateur chinois qui mangeait 20 kilos de viande par an en 1985 en consommera 50 kilos en 2009. A titre de comparaison, en 2002, la consommation de viande/habitant était de 76 kilos en Suède et de 125 kilos aux Etats-Unis.
La production de « biocarburants », qui s’est intensifiée ces dernières années, a également pesé de manière significative sur la demande en eau. La production d’éthanol, soit 77 milliards de litres en 2008, a triplé entre 2000 et 2007 et devrait atteindre 127 milliards de litres en 2017. Le Brésil et les Etats-Unis, qui assurent 77% de la demande mondiale, en sont les principaux producteurs. En 2007, 23% de la production de maïs des Etats-Unis et 54% de la récolte de canne à sucre au Brésil ont été utilisés pour produire de l’éthanol. Dans l’Union européenne, 47% de la production d’huile végétale a servi à produire du biodiesel en 2008. A cause de la croissance démographique, globalement la demande en eau n’a jamais été aussi forte. En cause : l’évolution des modes de consommation alimentaire, surtout les besoins accrus en énergie.
Dans moins de 15 ans, 47% de la population vivra dans des régions déjà soumises à un fort stress hydrique. En Afrique, entre 75 et 250 millions de personnes seront confrontées en 2020 à des pénuries croissantes liées au changement climatique. La pénurie que connaîtront certaines régions arides et semi-arides aura un impact décisif sur les migrations. On estime de 24 à 700 millions de personnes qui pourraient être forcées de migrer pour des raisons uniquement liées à l’eau.
Autre impact sur l’énergie, avec les nouveaux besoins liées à la nouvelle révolution des intelligences artificielles (quatrième révolution industrielle)
Les usines sans intervention humaine, les véhicules sans chauffeur ou les drones taxi et ceux pour les livraisons, ainsi que des robots pour toutes les opérations de manutention qui sont en cours d’expérimentation ne sont qu’un début annonciateur des profonds changements des rapports sociétaux, culturels et économiques que cela va entrainer avec des conséquences qu’il nous ait encore difficile d’apprécier … Comme il nous est aujourd’hui impossible de prévoir la nature et le type de nouvelles activités que générera forcément la 4ème Révolution industrielle d’ici les 15/20 prochaines années. Il était impossible à la fin des années 80 d’imaginer le bond du virtuel et du numérique qui contribue aujourd’hui à l’émergence de nouvelles formes d’emploi. Toutefois Sachant que cette nouvelle révolution des intelligences artificielles va avoir de très gros besoins énergétiques, en particulier en terres rares et en électricité, au rythme actuel de la croissance démographique les moyens et capacité de production vont à terme être confrontés à d’importantes difficultés.
Concernant la consommation électrique : Bien qu’il existe de grandes disparités dans l’accès à l’électricité selon les régions du monde, si certains pays souffrent encore de pénurie électrique, la consommation électrique globale connaît pourtant une croissance constante depuis 1971 qui a été multipliée par 3,2, alors que la population mondiale a été multipliée par un peu moins de 2, ce qui est considérable et ne semble pas prête de s’arrêter. Pas un pays n’a connu une stagnation de la consommation entre 1971 et 2013. Tous, sans exception, ont eu une consommation annuelle en progression constante par habitants, qui va s’amplifier à cause des besoins légitimes des populations du tiers monde, de la croissance démographique et les exigences des nouvelles applications de l’intelligence artificielle inhérent à la quatrième révolution industrielle. La consommation d’électricité par habitant n’a cessé d’augmenter dans le monde depuis 1971, passant ainsi de 1201 kwh à 3104 kwh en 2013 avec, par exemple, une importante progression entre 2009 et 2013, (4 ans) passant de 2798 kwh à 3104 kwh. Le développement de nouveaux usages, notamment informatiques, explique également cette croissance.
Se réapproprier MALTHUS, bien que controversé, il fut le premier à poser le problème démographique et ses conséquences
MALTHUS (1766 - 1834) est le premier à avoir attiré l’attention sur les problèmes démographiques, le premier également à prendre en considération que la terre est un espace limité et que les ressources ne sont pas inépuisables. Les débats avec les penseurs de son temps et la situation, tant de l’Angleterre, que du développement démographique de la colonisation de peuplement de l’Amérique du Nord au détriment des populations amérindiennes, l’amènent à penser que si les masses sont dans la misère, c’est parce que la production agricole ne peut suffire à les nourrir. Le doublement de la population des colons d’Amérique tous les 25 ans est dû à ce qu’ils disposent de nouvelles terres. Ce doublement tous les 25 ans a été à l’origine de la « loi » de progression géométrique de la population. Signalons toutefois que MALTHUS n’a pas une pensée pour les Indiens et que ses propos sont choquants : « une race appelée à disparaître »… Ce qui est souvent évoquée par les anti-Malthusiens pour se justifier.
Dans le premier chapitre (4eme édition) de : « Essai sur le principe de population » il fait la démonstration suivante : » Portons à mille millions le nombre d’habitants de la terre, la race humaine croîtrait comme les nombres 1 - 2 - 4 - 8 - 16 - 32 - 64 - 128 - 256 - tandis que les subsistances croîtraient comme ceux-ci 1- 2- 3- 4- 5- 6- 7- 8- 9- au bout de 2 siècles la population serait comme 256 est à 9, au bout de trois siècles comme 4096 est à 13 et après deux mille ans la différence serait immense et comme incalculable » Un peu plus loin Il écrit : « Plutôt que de considérer les maladies et les épidémies comme des châtiments de la providence il vaudrait mieux y voir une indication de la violation de quelques lois de la nature. Ni le progrès technique ni le progrès par la révolution ne peuvent remettre en cause les lois de la nature ». Il était persuadé avoir trouvé la recette du bonheur collectif de l’humanité, recette fondée scientifiquement. En fait il applique à l’homme les lois de la nature : « C’est une observation du docteur Franklin, qu’il n’y a aucune limite à la faculté productive des plantes et des animaux, si ce n’est qu’en augmentant en nombre ils se dérobent mutuellement leur subsistance ».
L’espèce humaine n’échappe pas à cette loi. C’est d’ailleurs la lecture de MALTHUS qui chez DARWIN est à l’origine du concept de la lutte pour l’existence comme moteur de l’évolution. La compétition pour les subsistances est la seule loi générale du vivant (végétaux, animaux, humains). Guillaume-Thomas RAYNAL (1713 - 1796), Abbé de son état, précurseur de la lutte contre l’esclavage, promoteur des Droits de l’homme, écrivait : « la plus sure marque de la population de l’espèce humaine est la dépopulation des autres espèces » En clair l’effondrement de la biodiversité est directement lié à la multiplication de l’espèce humaine.
Pour conclure
Aujourd’hui, un enfant qui nait en France est potentiellement un sur-consommateur par rapport aux ressources de la planète. La France doit montrer l’exemple au niveau international. Comment pourrait-on condamner l’explosion démographique mondiale et favoriser une politique nataliste chez soi ? Une totale neutralité de l’Etat en matière de fécondité implique l’abrogation de toutes les mesures qui visent à augmenter toujours plus le nombre de Français. Un débat national doit s’ouvrir sur les mesures à prendre. La question centrale étant : Comment peut-on réguler, voire amorcer une décroissance démographique de façon la plus équitable possible dans les pays riches, mais aussi dans les pays pauvres et est-ce possible avec le consentement des populations ?
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