Jury populaire, est-ce le moment ?
Notre président avait dit qu’il serait le président des victimes, un joli slogan qui réchauffe les âmes des nostalgiques de la vengeance.
Sauf que quand nous analysons les chiffres de la délinquance et de la criminalité, il y a tous les ans environs 1 200 000 personnes mises en cause pour un crime ou délit avec un taux de récidive d’environ 6.5% soit 78 000 personnes dont 5% pour une première récidive. (Source INSEE et ministère de la justice).
En conséquence tous les deux ans environ 2 322 000 citoyens sont condamnés, je vous laisse continuer le raisonnement mathématique, qui bien sûr si nous le menons jusqu’au bout sera faux car la comptabilisation de l’existence est toujours fausse. C’était juste pour faire mesurer la portée et la limite du slogan, car par ailleurs il y a depuis longtemps des lois qui viennent en aide aux victimes.
Depuis 1975 que la criminalité et la délinquance se sont accrues mathématiquement il y a plus de 40 millions de citoyens qui se sont vus condamnés (il ne va plus lui rester beaucoup d’électeurs).
En définitive sur la base de réalité criminelle et délinquante, à force de répétitivité, un sentiment d’insécurité et d’impunité s’est développé, bien au-delà de la réalité, parce que certains secteurs sont plus en évidence que d’autres. En effet, la délinquance et la criminalité évoluent également en fonction de la réalité du droit et des environnements économiques.
Je ne prends que l’exemple du vol de paquets de cigarettes dans les distributeurs de tabac, qui aurait songé que la lutte contre le tabagisme par la taxation induirait des vols de tabac pour satisfaire une demande qui se fait jour d’un tabac meilleur marché pour ceux qui ne sont pas frontaliers de l’Espagne.
Ainsi rien n’est simple, et au lieu d’en expliquer la complexité notre président développe les désirs d’accroissement punitif par deux thèmes celui de l’émotion vengeresse et la faute laxiste de ceux qui ont vocation à assurer et punir la criminalité et la délinquance, qui comme vous pouvez le lire concerne beaucoup de français, et non seulement les cas que nous vendent les JT.
C’est ainsi, sans nier toutes les erreurs des uns et des autres, si certaines sont médiatiques compte tenu du nombre de crimes et délits, il doit bien y en avoir d’autres, mais de là à s’en servir pour justifier la survenance d’un crime (affaire Laetitia) il y a un pas que notre président a franchi pour enfoncer le clou, et justifier dans la population le désir d’une réforme de la justice correctionnelle dans laquelle les jurés populaire seraient moins laxistes que les juges professionels.
Car la finesse et le but final est là, notre président pense que, sensibilisés aux problèmes de sécurité par une permanence de faits divers, il en découlera chez les jurés populaires une plus grande sévérité, satisfaisant en cela les extrêmes de droites qui ne voient de solution qu’en la manière forte.
Nous avons l’exemple des jurys populaires en assise, globalement cette juridiction fonctionne sans grandes difficultés, mais il a été estimé utile de lui rajouter une juridiction d’appel. La particularité des assises et qu’elles jugent des crimes les plus graves dont l’instruction des dossiers, souvent longs et approfondis, fournissant assez d’éléments objectifs d‘appréciation pour limiter les erreurs sous la bien vaillance du président.
Rien de semblable dans les bureaux de jugements en correctionnelle, soumis à l’urgence permanente, seule la connaissance du droit et l’expérience permettent de palier les insuffisances de l’urgence.
Mais hormis cela quand l’on va dans cette institution c’est pour rendre la justice, et rendre la justice c’est apprécier le comportement d’un citoyen prévenu d’avoir commis une infraction au droit et duquel nous allons entendre en dernier les explications pour mesurer l’application de la peine qu’il subira une fois jugé coupable, et pas avant.
Nous n’allons pas dans ces tribunaux pour punir les prévenus de nos propres peurs, ce qui me parait aujourd’hui le but recherché. Nous n’y allons pas pour nous venger d’un quelconque tort que nous reporterions sur d’autres. Nous n’y allons pas pour juger au faciès.
Pourtant beaucoup sont favorable à ces jurés populaires pour ces raisons, beaucoup pensent que ces juridictions doivent nous protéger d’un ennemi intérieur qui hante nos banlieues, qui vicie notre jeunesse, nous n’allons pas dans ces tribunaux pour donner corps à des fantasmes.
L’urgence électorale en direction du FN va le pousser une fois de plus à faire à la va-vite une réforme qui pourrait être un pas supplémentaire de la responsabilité citoyenne, dans ce qui nous touche le plus au quotidien, loin des hypothétiques risques d’un sérial killer même sexuel, pour rendre la justice, non pour réaliser une campagne punitive.
En l’état de l’ambiance présente ce qui pourrait être une réforme d’un passage à la responsabilité adulte dans un domaine aussi sensible et difficile, juger son voisin de palier, en suppriment l’espace ou la distance maintenu par le professionnalisme des juges, est une réalisation à haut risque pour la recherche, non d’une noble intention, mais d’une fin électorale.
L’on ne peut tout de même pas attendre d’un président qui infantilise en permanence les citoyens qu’il ait pour eux un projet d’une telle responsabilité qui exige plus qu’être adulte.
Je ne dirais pas que la magistrature est sur ces sujets sans équivoque, mais elle a acquis une compétence qui la préserve en partie des rumeurs et des ragots qui sillonnent nos informations et phagocytent l’esprit des citoyens.
Nous avons suffisamment développé la polémique, fait de la politique un théâtre, qu’il serait honteux et ignominieux que nous transformions ce prétoire en chienlit, car la liberté de citoyens en dépend, et si certains ne rêvent que d’enfermement avant de poursuivre par des internements pour en arriver à des camps, nous n’y ferons qui perdre un peu plus d’humanité.
Déclaration de Hortefeux en entrée en matière de la loi loppsi.
« Les bons résultats depuis 2002 n’ont pas été obtenus par hasard : ils sont non seulement le fruit d’une mobilisation totale des acteurs de la sécurité, mais aussi des réponses législatives complémentaires qui ont été apportées pour mieux garantir la sécurité des Français.
Source INSEE.
En 2008, 1 172 000 personnes ont été mises en cause pour un crime ou délit par les services de police ou les unités de gendarmerie. Le nombre de mis en cause a augmenté continuellement entre 2003 et 2008 (+ 22,6 % en cinq ans). Un peu plus de 15 % des mis en cause sont des femmes. Elles sont sur-représentées au sein des escroqueries et des infractions économiques et financières (hors législation du travail) avec 29 % des mis en causes. Près de 18 % des mis en cause sont mineurs (207 800 personnes). Pour des atteintes aux biens, une personne mise en cause sur trois à moins de 18 ans.
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