Ordinateurs de vote : la confiance forcée
Dimanche dernier, plus d’un million de Français ont utilisé des ordinateurs de vote (agréés par le ministère de l’Intérieur après contrôle par des instituts de certification). Ces équipements informatiques ont causé des problèmes comme la formation de files d’attente ou la difficulté de voter pour certains électeurs.
- Non transparent, car il est intrinsèquement impossible de visualiser directement l’activité d’un ordinateur.
- Non fiable, car un ordinateur est toujours susceptible de tomber en panne ou de faire des erreurs et qu’il est impossible de produire un quelconque test de fiabilité qui soit compréhensible par tout un chacun.
- Invérifiable car il n’existe aucun moyen de vérifier le dépouillement effectué par les ordinateurs de vote à la clôture du scrutin.
Les constructeurs continuent à dispenser un discours marketing parsemé d’arguments publicitaires peu compatibles avec la réalité têtue de la démocratie. À les entendre, que le vote électronique ne soit ni transparent, ni vérifiable ne devrait pas nous inquiéter, il suffit de leur faire confiance à eux, et aux sociétés ayant délivré les rapports d’agrément.
Mais ce mot, confiance, se fait plutôt rare dans le Code électoral lorsqu’il s’agit d’élections politiques puisqu’il n’apparaît que dans une seule situation : le vote par procuration. Si je choisis de voter par procuration, il me faut, effectivement, trouver une personne de confiance, que je désigne dans une demande de procuration que je signe. Ensuite je confie à cette personne le nom du candidat de mon choix. Respectera-t-elle mes consignes ? Peut-être, mais peut-être pas. En tout cas je ne pourrai pas le vérifier.
Curieusement on retrouve le même scénario, à quelques détails près, avec un ordinateur de vote. Tout électeur utilisant cette nouvelle technologie confie son choix à l’ordinateur (cette fois en appuyant sur un bouton, choix qu’il confirme en appuyant sur un second bouton). L’ordinateur est alors censé transformer ce choix en attribuant une voix supplémentaire au candidat désigné, mais il est impossible de le vérifier. Avec un vote classique, l’électeur exprime son choix en sélectionant un bulletin qu’il place dans une enveloppe, laquelle est glissée par lui-même dans une urne, cette dernière restant ensuite constamment sous surveillance directe de plusieurs personnes. Ainsi, chaque électeur a la certitude que son vote ne sera pas transformé. Un électeur méfiant peut même, s’il le souhaite, rester dans le bureau de vote et surveiller personnellement l’urne.
Revenons au vote électronique. Comme il n’y a aucun moyen de vérifier que l’ordinateur de vote ne se trompe pas, il faut lui faire confiance (cet argument ultime finit toujours par être servi). Confiance, exactement comme dans un vote par procuration, sauf qu’avec le vote électronique la procuration n’a pas été librement consentie (pas d’autorisation signée par chaque électeur), qu’elle est imposée (les électeurs n’ont pas le choix) et que le bénéficiaire (l’ordinateur) est également imposé et recueille plusieurs centaines de suffrages. Cette thèse a été émise par Jean-Didier Graton, expert juridique en nouvelles technologies, à la suite du premier vote politique par internet, celui des Français à l’étranger, en 2003.
On peut alors se demander si cette évolution de notre mode de scrutin constitue une modernisation ou une dégradation de notre démocratie.
Signez la pétition demandant la suspension de toute utilisation d’ordinateurs de vote
Cette
pétition a recueilli plus de 80 000
signatures en moins de deux mois.
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