La science moderne triomphante ne résistera pas face au cataclysme ontologique de l’information

La science moderne héritée de Galilée, Newton, Linné, Darwin, est sur le point de révéler son sens, son essence et son destin. En fait, non pas une science mais deux. L’une qui cherche à manipuler les choses, les animaux et l’homme. L’autre qui cherche à comprendre ces mêmes choses et l’univers. A-t-on affaire à deux sciences ou bien à deux manières d’utiliser la science ? Sans prétendre répondre maintenant à cette interrogation, on remarquera que les deux praxis scientifiques ici présentées engagent deux types de relation entre le savant et ses objets. Et même entre les membres d’une société et l’ordre des choses naturelles élargies à l’humain. Dans le premier cas, la relation est d’essence technique. Il s’agit d’utiliser les choses, d’établir un rapport technique, permettant d’établir des résultats formels en utilisant les interfaces technologiques qui livrent les détails analytiques et toutes les mesures qu’on peut espérer en utilisant ces technologies. Dans le deuxième cas, le rapport est purement cognitif. Le savant ne cherche aucunement à utiliser les technologies pour acquérir des nouveaux résultats, ni à trouver des applications pour la vie courante. Il n’a qu’une intention, celle de penser et connaître les objets, leurs propriétés individuelles, leurs interactions avec l’environnement, leurs relations, leur essence, comment ils restent individués dans un environnement changeant, comment ils se comportent et si possible, comment ils se sont constitués.
Une mise au point s’impose. L’opinion publique pense qu’il existe une différence entre la science fondamentale qui serait la part noble, désintéressée, servant les connaissances, et la science appliquée qui permet de produire des « objets technologiques » permettant de transformer notre existence quotidienne et de régler divers problèmes, notamment ceux de la santé publique. Cette distinction n’a en vérité aucun sens. Ces deux recherches sont d’une même essence. C’est seulement la finalité qui est différente. Le savant de laboratoire cherche à établir des résultats nouveaux susceptibles de donner lieu à une publication. L’industriel utilise ces mêmes résultats pour fabriquer des outils et des dispositifs opérationnels capables de résoudre divers enjeux. Les principes technoscientifiques sont pratiquement identiques dans les deux cas.
La vraie différence s’opère entre la science qu’on dira expérimentale ou technoscience et une autre science authentiquement fondamentale et même fondementale. Autrement dit, une science ontologique cherchant à connaître les choses et qui est la vraie recherche fondamentale. Une réflexion naïve conduirait à penser qu’après tout, le scientifique depuis son laboratoire est le mieux placé pour connaître les choses qu’il étudie. Eh bien détrompez-vous, ce n’est pas le cas en règle générale. Le scientifique connaît parfaitement son domaine mais le plus souvent, ignore les autres disciplines ; or, pour connaître les choses naturelles comme le cosmos, la « matière » et surtout le vivant et l’humain, il faut mobiliser les résultats de nombreuses disciplines. Ce qui suppose un temps dont le dispose pas le scientifique car ses multiples taches, parfois bureaucratiques, sont chronophages. Et de plus, l’érudition multidisciplinaire ne suffit pas. Il faut savoir combiner les résultats et le cas échéant, aller encore plus loin en proposant des hypothèses ontologiques (spéculations) qui ne doivent pas déboucher obligatoirement sur des expérimentations. Rien ne justifie que tout ce qui peut-être connu doive coïncider avec tout ce qui peut être expérimenté.
Oui mais alors, ces nouveaux « ontologues » alternatifs ne sont-ils pas de doux rêveurs réfléchissant dans leur coin avant de « pisser » du contenu pseudo-scientifique sur le Web ? Non en fait. Des savants très sérieux oeuvrent dans le champ de la science spéculative, à l’écart des machines technologiques dans les laboratoires. C’est surtout dans le domaine de la physique théorique qu’on peut trouver ces chercheurs de réalité et vérité. Ils sont marginalisés par les médias car leurs trouvailles ne font pas de bruit, étant pour l’instant inutiles à la vie quotidienne. Quelques figures. Hans Halvorson et David Baker dont les travaux concernent l’analyse ontologique des champs quantifiés, la matière, l’espace-temps, les symétries, la beauté du monde. Vlatko Vedral, dont j’ai exposé les recherches, œuvre dans le domaine de l’information, en quête d’une super théorie de l’entropie permettant d’unifier divers champs du savoir. Avec trois types d’entropies et des spéculations sur une distribution élargie de l’information non sans quelques liens avec le principe holographique. Que l’on retrouve cette fois explicitement dans les investigations de haute voltige proposée par Sergei Solodukhin qui se place dans le sillage de l’entropie des trous noirs. Une entropie théorique issue des travaux de Jacob Bekenstein et Stephen Hawking et qui maintenant, semble se résoudre avec la théorie quantique et la question de la non-séparabilité. Si bien qu’une forme inédite d’entropie se dessine, l’entropie de l’emmêlement (entanglement en anglais). Ces recherches présentées en 2011 dans une revue roborative par Solodukhin seraient sur le point d’aboutir vers un acte final.
Le lecteur l’aura compris ; toutes ces recherches gravitent autour de questions d’informations, d’entropies déclinées dans de multiples versions, de symétries, de relations formelles. J’inclurai volontiers l’énigmatique conclusion d’Erik Verlinde sur la nature entropique de la gravitation et bien évidemment d’autres chercheurs que je n’ai pas eu le loisir d’étudier. Ayant eu accès aux publications de ces théoriciens de la physique, j’ai remarqué en examinant les bibliographies de ces longs articles une ignorance mutuelle de ces chercheurs dont les résultats semblent pourtant conduire vers un nouveau paradigme cohérent et complet. Sans compter les recherches d’un Paul Davies sur les origines de la vie et l’information structurante. Et puis les investigations de Karl Friston sur l’énergie libre et les processus cognitifs cérébraux, sans oublier Gennaro Auletta et son grand livre sur la biologie cognitive où là aussi, trois entropies se dessinent.
La nouvelle science du 21ème siècle est en mesure de livrer une compréhension inédite du réel. Dans le champ de la physique, il n’y a pas vraiment de consensus sur ce qu’est la matière lorsqu’on creuse les champs, les particules et les divers formalismes mathématiques. Peut-être qu’une image définitive se dessine progressivement, effaçant les conceptions naïves de la matière et l’univers héritées du 20ème siècle. Dans le domaine de la biologie, la situation risque d’être plus tendue car une grande controverse se dessine entre la conception à peu près consensuelle, mécaniste, qu’elle soit réductionniste ou systémique, et la nouvelle vision qui va émerger. Le séisme ontologique est en chemin. S’il n’y a pas de blocage comme l’Eglise a pu en mettre au temps de Galilée, un basculement des connaissances est en vue pour les prochaines décennies. J’y travaille avec d’autres malgré une situation précaire. Je peux juste dire que sur le plan de la vérité, j’ai pratiquement gagné la partie.
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