Un(e) candidat(e)-constituante pour 2022
Lors des élections de 2017, les abstentionnistes et votes blancs étaient 11 millions 238 452. Soit 2 millions 582 106 « non-voix » de plus que celles qu’avait engrangées le vainqueur du 1er tour : Emmanuel Macron. Cela veut dire, que les abstentionnistes et bulletins blancs étaient la première force du pays. Au second tour, leur nombre a encore augmenté de 3 millions 884 413 « non voix », représentant 31, 79 % du corps électoral. Un score en dessous de Macron mais bien au-dessus de celui de Le Pen. Cette masse d’électeurs est donc la « proie » de tous les candidats à la présidentielle. Pour ce faire, ils cherchent quel est le programme, l’idée géniale qui pourrait les décider à voter pour eux. Certains misent aussi sur leur candidat : jeune, belle ou beau et charismatique. Macron a représenté ce personnage et on sait ce qu’il est advenu. Peu imlporte les sondages pour 2022, on sait d’ores et déjà qu’une grande partie des « frontistes républicain » ne sont pas près de se faire embobiner une nouvelle fois : ils s’abstiendront. Tant pis si c’est Le Pen ! Comment choisir entre « l’ennemie de la République », slogan des LREM et le « destructeur de l’État », dixit les anti-néolibéraux et anti-libertariens. Or, dans ce cas de figue du second tour, il ne faut pas être grand devin pour savoir que le parti des abstentionnistes et votes blancs sera encore plus important en 2022 qu’en 2017.
Le thermomètre démocratique
D’un point de vue stratégique, nul doute que trouver comment capter ces voix est capital pour gagner. D’un point de vue démocratique, que le tiers des électeurs estime inutile de participer à la désignation de son représentant est grave. Nombre d’élus et d’électeurs pointent du doigt ces irresponsables de leur manque de civisme. Et si un abstentionniste se plaint de ce qui se passe dans le pays, on lui cloue le bec en lui rappelant qu’il n’avait qu’à voter. A priori, l’attaque est logique. Mais, à bien y regarder, un abstentionniste ne s’exprime-t-il pas en ne se déplaçant pas au bureau de vote ? Ce qui est certain, c’est que le nombre d’abstentionnistes est en quelque sorte le thermomètre de la bonne santé de la démocratie : moins bonne est la démocratie, plus leur nombre est important ; meilleure est la démocratie, moins il y en a.
Qui sont les abstentionnistes et les votants blancs ?
Il est très difficile de savoir quel est le profil type de l’abstentionniste. Plus simple est de savoir qui vote blanc : un électeur qui exprime clairement qu’aucun des candidats et qu’aucun des programmes n’est digne de son vote. Pour l’abstentionniste, les raisons sont plus diverses : inconscient de sa responsabilité et préférant aller à la pêche ; empêché pour une raison ou une autre ; estimant qu’aucun candidat ou programme ne mérite qu’il se déplace ; estimant que quel que soit le candidat ou le programme, rien ne changera. Parmi eux, une part grandissante de gens qui appellent désormais à la désobéissance, à la résistance, à la révolte, voire à la révolution. Tels sont les traits les plus fréquents sans qu’on sache réellement les quantifier. Le point commun est sans aucun doute possible qu’aucun candidat n’a suscité en eux l’enthousiasme, l’envie ou le devoir de voter.
De l’autre côté des électeurs, tous les candidats veulent être présidents pour appliquer un programme le plus complet possible. Ce que les abstentionnistes fuient. Il y a bien les petits candidats qui ne sont là que pour exprimer leurs idées, mais, à quoi bon se déplacer si le vote n’a aucune chance d’être gagnant ?
Vote par conviction, vote par calcul ou vote par défaut ?
Une autre question qu’on peut se poser : est-ce qu’un votant, vote par conviction ? Assurément non pour la plupart, notamment lors du second tour où il ne reste plus que deux candidats. Depuis que Chirac a testé le front républicain, tous les candidats ont bien compris que l’idéal pour eux, s’ils avaient le bonheur d’être qualifiés pour la finale, était de se retrouver en face du candidat de l’extrême droite, comptant sur le fameux « vote républicain ». Les stratégies se font depuis une vingtaine d’années de cette manière-là, et chaque électeur est aussi conscient de cela. Total, le choix du bulletin, que ce soit au premier ou au deuxième tour n’est plus qu’une affaire de savants calculs et non de conviction. Combien de personnes votent par calcul au premier tour et par défaut au second ?
Peut-on réellement se satisfaire d’un tel acte citoyen ? A ceux qui ont voté et qui se plaignent du gouvernement, ne pourrait-on pas leur rétorquer à eux aussi : « si tu n’es pas content tu n’avais qu’à voter autrement ! » ou mieux encore : « en t’abstenant tu serais moins déçu ». Et la démocratie là-dedans ? Et le débat responsable, qu’en est-il ? L’élection de 2017 n’a été qu’une longue litanie de pièges, de mensonges et de traîtrises. A dégoûter d’aller voter pour ces gens qui n’ont que le pouvoir comme objectif et si peu la démocratie...
Président élu et président légitime
Quand on nous annonce que Macron a gagné la finale avec un taux de 66, 10 % des voix, ça n’est seulement que par rapport aux suffrages exprimés. Or, il y avait peu de suffrages exprimés : 74, 56 % auxquels il faut retrancher plus de 8 % de votes blancs et nuls.
La victoire au second tour des élections donnent toujours des scores au-dessus de 50 % donnant une fausse impression d’une masse de votants. Or, c’est un score calculé par rapport aux votants et non par rapport au corps électoral. De plus, le second tour donne à chacun des candidats des voix qu’ils n’ont pas obtenues au premier tour : les fameux votes par défaut. Si on veut savoir qui a voté par conviction pour un candidat du 2ᵉ tour, il suffit de regarder le score qu’il a fait au premier tour. Soit, 18, 19 % des inscrits au corps électoral pour Emmanuel Macron. On peut en déduire que s’il est un Président élu, sa légitimité est, par contre, plus incertaine. Mais pourquoi pas, s’il décide d’être le président de tous les Français et donc de transiger avec son programme d’origine de manière à ne pas faire plaisir qu’à ceux qui ont voté pour lui et surtout qui l’ont soutenu financièrement. À moins d’avoir la science infuse et d’avoir un programme parfait qui convienne à tous. Mais quel président peut prétendre être celui-là ?
La crise de la démocratie
Les chiffres ne mentent pas : la France traverse une importante crise démocratique qui empire d’élection en élection et ce depuis Charles De Gaulle. Les chiffres disent aussi qu’au fil des élections de plus en plus d’électeurs rejettent tous les candidats et tous les programmes. Et pourtant, ça n’est pas faute qu’ils aient été interpelés par les uns et les autres. Alors que faut-il faire pour réintégrer ces abstentionnistes dans le giron de la démocratie active ? Et si c’était le cadre de l’élection présidentielle qu’ils refusaient ? Et s’ils croyaient qu’à cause du cadre constitutionnel contraignant, quel que soit le candidat, rien de bon ne peut sortir ? Ce qui voudrait dire que la Constitution de la 5ᵉ République est le problème n°1 des abstentionnistes.
Prenons comme hypothèse cette dernière supposition. Cela voudrait dire, que pour qu’un candidat ait des chances de récupérer leurs voix, il faudrait qu’il sorte de ce cadre. Mais comment un candidat pourrait-il être hors cadre puisque l’élection se déroule selon ce que la Constitution a établi ? Devrait-il se présenter sans programme ? Oui, mais alors, il se passe quoi après ? À quoi, ça servirait ?
Sortir des conventions de l’élection présidentielle
Eh bien, le candidat devrait annoncer qu’il se porte candidat, sans programme, mais avec pour unique projet de modifier le cadre en réunissant une constituante afin que le peuple redéfinisse comment il veut assumer sa souveraineté. Et s’engager à démissionner dès lors qu’une nouvelle constitution aura été approuvée par référendum.
Cette solution, même si elle est incertaine puisque personne ne l’a jamais tentée, toucherait au-delà des abstentionnistes :
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Certes, elle ne déciderait pas tous les abstentionnistes à voter pour ce candidat, mais d’autres électeurs, qui d’ordinaire portent leur vote sur un nom ou sur une enveloppe vide, sauteraient sur l’occasion, afin de suivre l’opportunité de tout changer.
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Tous les collectifs qui réfléchissent à une nouvelle constitution depuis des années, bénéficieraient d’une caisse de résonance très importante, entraînant une part supplémentaire de la population à les rejoindre.
On peut légitimement penser qu’en amalgamant toutes ces combinaisons, ce candidat-constituante, aurait des raisons d’espérer être au second tour, d’autant que chacun sent bien à quel point le système ne tourne pas bien, pour ne pas dire qu’il ne tourne plus. Et sans être très savant, beaucoup d’entre nous se disent, comme Einstein, que ceux qui ont créé les problèmes ne peuvent les résoudre.
Hypothèse suivante : un(e) candidat(e)-constituante se présente. Que se passe-t-il ?
Les autres candidats se moqueront. Et puis, ils verront que les sondages réagiront. Et ils riront moins. Ils verront aussi que se mettront en place au niveau local des tas de petits groupes comme les Gilets jaunes ont su le faire. Cette fois, ce ne sera pas pour bloquer les ronds-points mais pour réfléchir à la constitution et, petit à petit, s’organiser pour « faire monter » ceux qui pourront les représenter à la Constituante ou celui qui pourra être leur candidat.
Du pays, comme lors du Grand débat ou comme après le beau discours de Macron nous promettant que le monde d’après ne sera pas celui d’avant, montera alors une profonde aspiration car, cette fois, ce ne sera pas celui d’en haut qui nous fera de fausses promesses, mais cela viendra d’en bas, de gens qui ne font pas de promesses mais qui se mettront à réfléchir ensemble pour bâtir vraiment le monde de demain.
Les idées circuleront, relayées par le candidat-constituante et, chacun à son rythme, viendra se mêler au débat en réalisant qu’au fond tout le monde peut apporter sa part à l’édifice. Une conscientisation dynamique deviendra contagieuse jusqu’à rejoindre les beaux discours des candidats honnêtes ou bonimenteurs. Car pour un candidat, il est bien plus facile de mener son troupeau à coups d’éléments de langage et de slogans que de persuader une population qui ouvre les yeux sur toutes les vilenies politiques et qui croit qu’elle peut reprendre la main.
Des groupes vont se constituer localement, certains spontanément, d’autres déjà en place qui réfléchissent sur la constitution depuis longtemps.
Qui sera le, la candidat(e)-constituante ?
Pour l’instant, celui-ci ne sait pas encore que ce sera lui. Soit il se proposera à tous ces groupes qui se fédéreront de manière informelle, soit il émergera de ces groupes constituants. Dans les deux cas, ce choix reviendra à ces groupes.
Le profil idéal correspondrait à certains traits :
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Quelqu'un de suffisamment connu
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Qui n'est pas un élu
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Qui ne clive pas
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Qui inspire l'honnêteté
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Qui n'a pas d'ambition politique
Celui-ci devra s’engager à
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Porter la voix de ces groupes locaux, départementaux et régionaux.
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N'avoir aucun autre projet que celui d'organiser la constituante et le débat national dans le pays.
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Garantir que le processus constituant sera participatif
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Démissionner dès lors que la nouvelle constitution aura été approuvée par référendum
Le budget de campagne
La question du financement se pose. Sans parti, le candidat-citoyen a très peu de chance d’obtenir des prêts bancaires. D’autant qu’il soit probable qu’un tel candidat gêne considérablement les plans des tenants du néolibéralisme. En effet, il y a des probabilités certaines pour que la future constitution soit celle d’un Etat plus social qu’il ne l’est actuellement. Alors, la solution, ce sont les dons, notamment celle du crownfounding qui permet de lever de petites sommes. Aux petits ruisseaux, les grandes rivières.
Les frais de campagne d'un candidat à l'élection présidentielle ne doivent pas dépasser un certain plafond, fixé et actualisé par décret, soit actuellement :
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16,85 millions d'euros pour les candidats qui ne sont présents qu'au premier tour ;
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22,51 millions pour chacun des deux candidats présents au second tour.
Si on considère que les dons personnels n’excéderaient pas une moyenne de 10 euros, cela veut dire qu’il faudrait que 2 millions 251 000 personnes fassent un don. Rappelons-nous, que l’électorat disponible des abstentionnistes et votes blancs, représentaient au second tour de 2017, 15 millions 122 865 personnes (auxquels viennent se rajouter quelques millions de votes par défaut). Cela est donc jouable.
Une fois que le, la candidat(e)-constituante a été élu(e), que se passe-t-il ?
Certes, il réunit la constituante. Mais, qu’en est-il des affaires du pays ? Comment la France fonctionne-t-elle sans programme ?
Le fait de se préparer à changer de constitution demande à ce que de grandes réformes ou des traités importants ne soient pas signés. Il faudra donc que pendant la durée de la constituante et jusqu’à la mise en place des nouveaux pouvoirs définis par la future constitution, que le pays se contente d’expédier les affaires courantes (c’est ce qu’a fait la Belgique, sans chef de gouvernement pendant un an sans que le pays en souffre), et assurer les missions régaliennes de l’État :
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assurer la sécurité extérieure par la diplomatie et la défense du territoire par l'armée
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assurer la sécurité intérieure et le maintien de l'ordre public avec, notamment, des forces de police
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assurer le fonctionnement normal de la justice
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quant à la souveraineté monétaire, elle a été transférée à l’Union européenne.
Le nouveau président abandonnera quelques prérogatives (et donc l’hyper présidence) pour les rétrocéder à l’Assemblée nationale dans le respect de la constitution actuelle. Il conservera toutes les prérogatives de dissolution de l’Assemblée nationale si celle-ci bloque la constituante ou le pays ; il procédera aux nominations de manière à ne pas laisser les non constituants aux affaires ; il garantira le plein fonctionnement démocratique de la constituante et procédera aux référendums nécessaires pour que le peuple puisse pleinement participer.
Pourquoi la solution d’un(e) candidat(e)-constituant(e) est mieux qu’un candidat classique qui propose la 6ème République dans son programme ?
Des candidats proposent dans leur programme une 6ème République. Plutôt que d’attirer les abstentionnistes, cette proposition ne peut que repousser leur vote pour trois raisons :
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Cette solution a déjà été essayée par Mélenchon qui n’a fait qu’une 4e place en 2017.
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Le fait qu’il y a un programme et que toute la campagne s’articule autour de lui, la 6ème République n’est plus qu’un projet de réforme parmi d’autres qui pourra être laissé de côté comme bon nombre de promesses ;
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Le fait que le candidat a un programme, il fera tout pour l’appliquer dans la 5ème comme dans la 6ème République. Il s’arrangera pour que la nouvelle constitution l’arrange. Le peuple aura peu de place dans l’élaboration de celle-ci.
La démocratie en marche
On l’a vu, la République n’est pas la garantie que la démocratie fonctionne, y compris quand on prétend la mettre en marche. Surtout lorsque cette marche est à reculons…
L’important dans cette stratégie de présenter un(e) candidat(e)-constituante, est qu’elle est capable de susciter une véritable dynamique démocratique. Dès que l’idée sera acceptée par un nombre suffisamment conséquent de Français, la campagne commencera naturellement. Nous en avons fait l’expérience lors du Grand débat et il y a un an lorsque Macron nous annonçait le monde d’après : l’idée que tout est possible suscite l’enthousiasme des Français et c’est pour cela qu’ils ont participé en masse au Grand débat organisé par Macron et au Vrai débat organisé par les Gilets jaunes. Des débats s’organiseront, à travers le pays, animés par des groupes, associations, collectifs, comités locaux, départementaux, régionaux, nationaux. Mais, cette dynamique ne se développera réellement que si elle bénéficie d’un appui des réseaux sociaux. Les médias réagiront aussi parce qu’un(e) si un candidat(e) se présentera hors des standards habituels et qu’il, elle sera appuyé(e) par des groupes disséminés dans tout le pays. Dès lors, commencera une campagne aux allures d’une conversation nationale entre tous ceux qui souhaitent changer le système, relayés par ces débats locaux, les médias indépendants qui s’associeront à la démarche et ce(tte) candidat(e) qui aura à cœur de révéler comment la souveraineté a été confisquée au peuple et de définir les conditions pour qu’il la reprenne.
L’important dans cette idée, c’est qu’elle prenne corps dans les esprits, qu’elle mette en marche nos neurones démocrates et qu’elle nous entraîne à rêver d’un autre monde tout en le pensant et en le construisant. Certes, la réalité rattrapera nos rêves, mais si l’enthousiasme prend, nul doute que les autres « candidats dans le cadre », tiendront compte de l’aspiration des Français à un changement de constitution, à un changement de système. Cette idée relève d’une révolution apaisée. C’est toujours mieux que de laisser exploser des millions de gens.
Pour ce faire, il faut commencer par quelque chose de concret : partager cette idée à ses amis et dans les réseaux sociaux pour qu’elle prenne corps.
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