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Accueil du site > Tribune Libre > Euthanasie et présidentielle

Euthanasie et présidentielle

Ca y est, c’est fait. Nicolas Sarkozy nous a indiqué il y a quelques jours son penchant vers une légalisation d’une forme d’euthanasie comme ultime recours à la souffrance. Ségolène Royal vient de nous faire la même confidence. Des deux plus gros prétendants, on est ainsi fixé sur l’orientation que la prise en charge de la fin de vie aura la latitude de prendre d’ici peu si l’un ou l’autre atteint son objectif électoral.

 

Par un curieux raccourci du destin, c’est d’ailleurs le jour où l’abolition de la peine de mort accédait à un statut de principe constitutionnel que Ségolène Royal retrouvait officiellement Nicolas Sarkozy sur le terrain de l’administration d’une mort choisie. Durant des siècles, la peine de mort a été la menace brandie par la société à l’encontre de ceux qu’elle considérait comme porteurs des pires dangers contre son intégrité. En quelques années, l’administration de la mort a finalement basculé vers l’ultime moyen d’honorer la dignité de l’homme souffrant. Etonnant renversement.

 

Depuis des années, des cohortes de soignants ont pu s’attacher à mettre en évidence le fait que la fin de vie peut être accompagnée, entourée, apaisée, même dans les situations les plus difficiles, sans avoir recours à un abrègement volontaire de la vie. Rien n’y a fait. Les tenants d’un droit d’administrer une mort compassionnelle semblent avoir finalement quasiment atteint leur cible.

 

Depuis 1986 et les premiers textes définissant et organisant les Soins Palliatifs en France, jusqu’à la récente loi Léonetti de 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie, en particulier au droit au refus d’un acharnement thérapeutique, le paysage a pourtant bien changé. S’est ainsi progressivement formalisé tout un réseau de concepts, de réflexions, d’outils techniques ou organisationnels, d’homme et de femmes, au service d’un regard et d’une volonté de témoigner que, jusqu’au bout de la vie, quiconque demeure le vivant, et non le mourant qu’on avait fait de lui.

 

Et pourtant, il reste malgré tout des voix pour réclamer que soient résolues les situations de souffrances rebelles à toute tentative de soulagement, et que soit ouverte la possibilité de faire cesser la vie pour que cessent de telles souffrances. Pour souligner que, quelle que soit la bonne volonté et la compétence des soignants de Soins Palliatifs, il leur arrive d’échouer et que la solution de la mort devrait alors devenir légitime.

 

Comme si l’administration de la mort fournissait une certitude d’efficacité que l’accompagnement proposé par les Soins Palliatifs ne pouvait garantir. Comme si, pour ne s’en tenir qu’au seul niveau de la plus froide et pragmatique technique, la mort était si simple à obtenir que son administration ne souffrait aucune ratée, aucun échec, dans une ambiance feutrée et apaisée. Des statistiques sérieuses ont-elles été établies sur ce point ? Les récits d’exécutions virant au sordide par la maladresse, l’incompétence, l’insuffisance des bourreaux ou de leurs outils, ou simplement par la résistance surprenante et inattendue de la vie, témoignent à eux seuls que les choses ne sont jamais aussi simples qu’on le souhaiterait.

 

Mais outre cet aspect bassement matériel, il y a surtout, derrière l’euthanasie, toute une problématique de la transgression, du don de soi, de l’autonomie, de l’ambivalence, de la définition de la dignité et de celle de la souffrance, qui dépasse probablement le cadre des petites phrases et des promesses de campagne électorale.

 

Il est néanmoins un point sur lequel il peut être utile de pencher l’attention : celle de la place des soignants dans la pratique d’une éventuelle euthanasie légalisée.

 

Si nous, soignants, avons bien vocation à prodiguer des soins et à prendre soin des patients qui se confient à nous ou qui nous sont confiés, tout en reconnaissant les limites de nos capacités et les limites que la nature impose à la longévité du vivant, c’est-à-dire en refusant tout acharnement déraisonnable ou tout au moins en acceptant de ne pas s’y engager, tout en reconnaissant que nos actions peuvent nous conduire à des choix pouvant mettre la vie du patient en péril, c’est bien le double respect du respect de la vie et du soulagement des souffrances qui guide nos actions. C’est du caractère indissociable de ce double impératif que réside notre nature de soignants. Or c’est à sa division que nous entraînerait toute tentation d’euthanasie.

 

La question ne se pose néanmoins pas dans les mêmes termes lorsqu’elle est débattue dans un champ social plus large. Que chacun, pour des raisons qui lui sont propres, puisse souhaiter renoncer à l’utilisation de la vie, c’est un fait de simple constatation. Que chacun puisse choisir de ne pas confier ses maux à la médecine, à un soignant, et décider de ne pas avoir recours à des soins à un stade quelconque de l’évolution de son état de santé, c’est encore un fait que nulle loi ne pourrait contraindre. Que la société, pour des raisons qu’elle choisit, puisse décider de ne pas voir le respect de la vie comme un impératif absolu ou d’y définir des dérogations dans certaines circonstances, c’est également un fait de constatation évidente : pour ne prendre qu’un seul exemple, la peine de mort reste en vigueur dans des pays ni foncièrement barbares ni foncièrement anti-démocratiques.

 

Autrement dit, remettons le débat à sa place, celui d’un choix sociétal dans l’application duquel les soignants ne peuvent être impliqués sous peine de perdre leur nature soignante. Participer au débat et au choix en tant que citoyen, oui, bien sûr. Participer à la mise en pratique d’une telle attitude si elle était adoptée, non, bien sûr. Je ne sais quelle organisation serait mise en place afin de garantir l’application d’une telle décision, mais il semblerait notoirement incohérent qu’un soignant doive y être intégré.

 

Après tout, à chacun ses responsabilités. S’il est bien compris que l’administration de la mort n’est pas un acte soignant, restera à la puissance publique la charge de définir les dépositaires de cette fonction. De nombreuses solutions sont assez simplement envisageables : création d’une profession d’euthanasieur accrédité voire d’un service spécifique de la fonction publique, délégation aux services de pompes funèbres pour des raisons d’ordre pratique, délégation à la police voire à l’armée dont la maîtrise des instruments d’administration de la mort est d’ors et déjà une des raisons d’être, délégation de mission aux membres de l’Assemblée Nationale, ultimes gardiens de l’esprit d’une loi qu’ils auront adoptée, ... Il ne manque pas, depuis que le monde est monde, de volontaires pour, par idéal ou contre rémunération, passer à l’acte de faire quitter aux autres cette « vallée de larmes ». En trouver quelques uns pour assumer cette fonction officiellement ne devrait finalement guère poser problème.

 

Mais que les choses soient claires. L’euthanasie n’est pas un acte soignant, et les soignants n’ont rien à y voir. Et vouloir faire peser sur eux son éventuelle application légalisée serait un non-sens, comme de la réserver aux plombiers, aux pompistes, ou aux marchands des quatre saisons.

 

Reste à savoir s’il ferait bon vivre dans une société ainsi pourvue d’une organisation ad hoc. Mais c’est déjà un autre débat.

 


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43 réactions à cet article    


  • coupet (---.---.63.9) 1er mars 2007 14:05

    Dans notre société, la mort fait terriblement peur. Et face à cette mort qui finalement ne regarde que soit, on préfère remettre notre pouvoir dans les mains des autres (ceux qui soignent, ou ceux qui peuvent abréger les souffrances).

    La fin de vie est une étape importante de la vie, il faudrait pouvoir le faire pleinement, en toute sérénité. Savoir vraiment pourquoi continuer à vivre ou non. L’hopital est un lieu qui occulte très souvent ce travail. La religion donne une certaine vision de la mort mais finalement n’accompagne pas le chemin individuel : chaque mort est unique car chaque vie est unique. Et face à ce bon dans l’inconnu, seul le courage personnel peut aider à faire ce pas.

    Souvent, les fins de vie sont difficiles parce que quelque chose retient encore à la vie : revoir une dernière fois son fils, entendre d’un parent ou d’un ami les mots que l’on attend depuis des années... Parfois, un geste anodin suffit à ce que la mort soit acceptée. Elle peut alors venir, sans que l’on soit obligé de la provoqué par un acte violent.

    Ce travail d’accompagnement des fins de vie est primordial, mais il fait si peur aux soignants et aux proches, car il renvoie à la notion d’échec, ou à sa propre mort, qu’il n’est souvent pas pris en charge.

    Pourtant, l’enjeu est ici de premier ordre, dans une civilisation de plus en plus vieillissante.


    • La mouche du coche Mouche du coche 1er mars 2007 15:13

      Monsieur l’auteur,

      votre article très intéressant est un peu confus :

      On ne comprend notamment pas le rapport entre les soins palliatifs et l’euthanasie : Vous n’imaginez tout de même pas que la fin de vie est commandé uniquement par les progrès des médicaments soulageant la douleur ?

      Et quel est ce curieux « étonnement » de votre part au sujet de la similitude des dates entre l’abolition de la peine de mort et la légalisation d’une forme d’euthanasie. Ces deux décisions ne sont-elles pas les deux fruit identiques de la même pensée la plus haute de notre société : L’humanisme ?


    • gabriel (---.---.154.110) 1er mars 2007 20:29

      Chère mouche du coche, l’humanisme ne peut prendre dans sa définition l’administration pleine, entière et délibérée de la mort, sous un prétexte peut-être jugé par celui qui la donne, comme honorable, mais au regard du droit, qui reste un crime.

      Oui, la fin de vie est difficile. Si l’auteur oppose ici les soins palliatifs à l’euthanasie, c’est parce que souvent, la demande de mort de la part de la personne qui souffre se fait faute de ce type de soins.

      Les personnes susceptibles de demander l’euthanasie ne sont pas légions. Il y a en premier lieux les patients atteints d’une maladie incurable de type cancéreuse, les personnes se jugeant trop handicapées pour continuer à vivre leur vie, du type de Vincent Humbert, ou les personnes souffrant de troubles psychiques-psychiatriques, qu’ils soient aigus ou chronique.

      La véritable question à se poser est pourquoi ces personnes qui demandent la mortt, le font, et ensuite, pourquoi ne se suicident-elles pas ?

      La demande est comme le propose l’auteur, aussi diverse que de personnes qui le font. Quand au pourquoi du moyen, il y en a de deux type : la peur du geste suicidaire jugé encore répréhenssible au plan moral, et l’incapacité physique.

      Le besoin n’est pas celui d’avoir une loi sur l’euthanasie, mais d’avoir un accompagnement satisfaisant des personnes qui souffrent et qui demandent une aide. Ce sera déjà un premier pas.


    • La mouche du coche La mouche du coche 2 mars 2007 08:39

      Gabriel,

      Nous en reparlerons quand tu seras TOI-MÊME scotché sur un lit avec une sonde dans le nez, et à ce moment-là, je suis sûr que tu feras des phrases moins belles, et l’on verra si tu feras encore le malin à parler de « crime ». smiley Portes-toi bien quand même.


    • koz koz 2 mars 2007 10:47

      Je me permets de citer une fois de plus le même passage du livre du Professeur Bernard Debré, juste pour inciter « La mouche du coche » à voir (les mouches ont une si bonne vue) que son point de vue, en tant que bien portant, est au moins aussi biaisé.

      "Pour les uns, la dignité essentielle consiste à ne pas vivre grâce à l’assistance de tuyaux et entouré d’écrans de contrôles. C’est la vision que véhiculent les théoriciens de l’euthanasie, qui sont pour la plupart, je ne le dirai jamais assez, des gens bien portants. Mais c’est rarement celle des malades en fin de vie, pris en charge dans le cadre d’unités palliatives. Pour eux, la première dignité est de recevoir la dose d’antalgique au bon moment ; c’est aussi qu’il y ait des infirmières en nombre suffisant pour les entourer, leur parler de tout et de rien, faire leur toilette dix fois par jour s’ils ont perdu le contrôle de leurs selles ou de leurs urines... La dignité du mourant se confond alors avec celle, admirable, des hommes et des femmes qui l’accompagnent dans ses derniers instants : personnel hospitalier, familles, proches, qui consacrent affection et dévouement à rendre digne d’être vécue une vie qui s’en va.

      Changer draps et pansements aussi souvent qu’il le faut, maintenir une chambre impeccable et une atmosphère joyeuse - oui, joyeuse ! j’en témoigne pour l’avoir constaté et m’être senti incapable d’expliquer pourquoi - répondre aux derniers désirs d’un mourant qui réclame son petit plat préféré, au nom de quoi cela serait moins conforme à la dignité humaine que débrancher un tuyau parce que l’espoir de guérir a disparu ?

      Cette évidence assaille quiconque prend la peine de fréquenter, ne serait-ce qu’épisodiquement, les centres de soins palliatifs : ce n’est pas la mort qui est indigne, c’est l’absence d’accompagnement. Oui, mourir peut être laid, sale et malodorant. Mais c’est aussi aux vivants qu’il appartient d’être dignes en faisant en sorte que la mort ne soit rien de tout cela. Voilà bien l’étrange paradoxe de ce XXIème siècle : présenter l’euthanasie comme un progrès alors que notre époque est la première de l’Histoire à détenir les moyens de supprimer la douleur physique et, dans une moindre mesure, la souffrance psychologique".


    • miaou (---.---.0.177) 1er mars 2007 14:29

      A l’approche de l’arrivée en puissance des « baby-boomers » sur le marché de la mort, la question de la légalisation de l’euthanasie est plus aiguë que jamais.

      Il ne fait guère de doute que cette légalisation se fera, naturellement au nom ds meilleurs motifs. Mais, la pression financière s’accentuant, les procédures autorisant l’euthanasie, d’abord extrêmement lourdes, se relâcheront jusqu’à devenir laxistes, et puis, pourquoi pas, obligatoires dans certaines situations.

      De toute façon, le manque de soins appropriés (pendant longtemps, la distribution chiche des anti-douleurs), mais surtout l’absence d’accompagnement lors de la fin de vie (famille indifférente ou éloignée, clergé clairsemé ou indésirable, autres visiteurs en nombre insuffisant...) inciteront le mourant ou supposé tel à en finir au plus vite.

      Certes, il y aura toujours les cas extrêmes... Même alors, l’euthanasie est possible, mais en restant exposé à un risque juridique (les tribunaux jugeant chaque cas d’espèce). Et c’est très bien ainsi, l’euthanasie n’a pas à se muer en procédure administrative, au risque du retour de l’eugénisme.


      • Bill Bill 1er mars 2007 15:39

        Je m’attendais à vous blamer, vous médecin, vous croyant pour l’euthanasie !

        Mais il n’en est rien, et votre article est très humaniste !

        Bill


        • etienne.d (---.---.177.125) 1er mars 2007 16:31

          @ l’auteur

          Ce qui rends « légitime » (selon moi) aux yeux de certains l’euthanasie c’est la difficulté parfois de faire la différence entre acharnement thérapeutique et soin réel. Mon grand père est resté deux ans dans un état végétatif avec des machines qui le faisait vivre ... Pour moi ce n’est pas du soin ... Je pense que c’est l’abus d’acharnement thérapeuthique qui a conduit à cela. Avant de vouloir légaliser l’euthanasie voir l’encadrer il faudrait interdire l’acharnement thérapeuthique ou le réguler si il peut avoir une utilité dans la recherche.

          En tout cas merci pour votre article très intéressant. J’espère que cette question aura la chance de se voir débattue intelligemment par nos gouvernants et vous les acteurs du SOIN (et pas de la mort).

          Bonne continuation


          • La mouche du coche La mouche du coche 2 mars 2007 08:49

            etienne d.

            Ton commentaire est le plus beau de cet article parce qu’il est directement issu DU VECU, quand tous les autres ne font que ratiociner, révélant par là leur égoïsme.

            Portes-toi bien smiley


          • MyHyene (---.---.214.63) 1er mars 2007 16:53

            Comment juger l’Euthanasie ? c’est l’une des question les plus difficile de notre société.

            Tout d’abord les malades qui la réclament ne savent-ils pas si leur sort est pire que la mort ?

            Malgré tout je ne pense pas que l’on doivent l’imposé aux aides soignants, ni aux infirmières - d’autres peuvent s’en charger.


            • koz koz 1er mars 2007 19:11

              Bravo. Votre article est équilibré. Même s’il est, quelque part, desespérant, lorsqu’il met en lumière le refus d’entendre, de suivre, de comprendre, les efforts mis en place, mais moins « populaires » qu’une solution « simple ». Que la satisfaction d’une revendication. Bienvenue. Ou mortifère.


              • Yamieux (---.---.106.10) 2 mars 2007 13:32

                Bonjour,

                Le sujet est vaste... Quelques lignes d’une longue réflexion... Question : dans cette société moderne nous décidons de plus en plus de donner la vie, pourquoi ne pas décider de donner la mort ? Une coutume veut que quand un enfant naît on soit triste, et heureux quand une personne quitte notre belle planète... La mort n’est qu’une vue de l’esprit... Pour moi, la première chose est de se demander, pourquoi nous sentons nous obliger de maintenir une personne en vie alors qu’elle veut et demande qu’on la fasse mourir ?? Se mettre à la place de cette personne peut aider... Des personnes peuvent faire des choix qui peuvent paraitre « insensés », doit on pour autant ne pas les accepter ?

                On peut aller vers la mort avec philosophie, pourquoi pas, encore une vue de l’esprit !!

                Bonne journée


              • Sylvain Etiret 4 mars 2007 01:49

                Que de passion ! Je ne m’attendais pas à autant d’enthousiasme suite à mon questionnement.

                Plus que de trancher le débat sur l’euthanasie, mon sujet était de souligner qu’il s’agit d’un choix de société plus que d’un choix soignant, et qu’il y a quelque difficulté à exiger l’application de ce qui serait un droit à mourir par un tiers, et encore plus par ceux-là même à qui on reconnait la mission d’accompagner la vie. Dès lors si la société fait le choix de reconnaitre ce droit, il me semble indispensable qu’elle prenne ses responsabilités et ne s’en décharge pas sur des soignants en les mettant dans une situation dénaturante pour eux.

                Celà dit, le débat a manifestement évolué ici vers une réflexion autour de la légitimité de l’euthanasie, ce qui finalement pouvait se prévoir. Au delà des emportements inévitables sur un tel sujet, beaucoup de choses ont été dites qui montrent la difficulté de penser notre propre fin. Elles reprennent la plupart des arguments classiques du débat et tournent pour l’essentiel autour de la notion de dignité du malade, de l’inutilité de la souffrance du patient ou de ses proches, de ce qu’on imagine de notre capacité à agir face à un évènement.

                Pour rester court, on est là d’une part dans une ambiguité et d’autre part dans une illusion.

                L’ambiguité réside dans la notion de souffrance qui est largement assimilée à la douleur alors qu’elle recouvre, comme la notion de dignité, quelque chose de bien plus vaste et de bien plus ambivalent qu’il n’y parait. Elle nait bien davantage de la perte de sens du vécu que de toute sensation physique.

                L’illusion est celle de notre capacité de maitrise, à la fois dans la décision et dans l’action. Quelque chose comme une illusion de toute-puissance dans notre volonté d’autonomie.

                La difficulté de l’euthanasie tient donc dans ce qu’elle semble être une solution en forme de fuite en avant à une question essentiellement « spirituelle » (au sens d’une quête de sens, du sens qu’on donne à notre vécu) : Pourquoi ? Pourquoi moi, pourquoi tout ça, à quoi ça sert de vivre ça, pourquoi maintenant ... ?

                Et la difficulté est d’autant plus complexe que ce questionnement est profondément individuel, qu’il est impossible à autrui de me donner un sens qui n’appartient qu’à moi. C’est tout le sens des Soins Palliatifs de créer les conditions pour que cette quête de sens soit possible pour l’individu qui s’apprête à mourir, pour l’aider à se frayer son propre chemin. Là se situe l’empathie, la prise en charge des symptomes, du confort, la reconnaissance des désirs et des possibilités de plaisir comme satisfaction de désir, la réintégration du réseau familial ou social, l’accompagnement au plein sens du terme. Pour, comme le dit un aphorisme des Soins Palliatifs, donner de la vie aux jours plus que des jours à la vie. C’est dans la primauté du rétablissement du confort, dans la reconnaissance de son caractère essentiel avant que « la vie » puisse remplir à nouveau les jours du patient, dans son impératif quitte à prendre le risque de hater la fin, loin de tout « acharnement » que se situe un des piliers de la prise en charge.

                Cependant, la question peut être ailleurs, le sens peut rester introuvable au patient ou à ses proches, la souffrance demeurer parce qu’elle est d’une nature rebelle à toute réassurance. La réalité peut revenir à la charge et heurter le désir de toute-puissance et d’autonomie si c’est uniquement là que réside le sens que le patient ou ses proches confèrent à la vie : la mort va venir, c’est un fait, et le seul moyen qui reste pour ne plus la subir serait de la devancer.

                Que dire si ce n’est reconnaitre d’une part la source de l’impasse tenant dans une illusion construite tout au long d’une vie et d’autre part la réalité de la souffrance qui l’accompagne ? Mais la question devient alors : est-ce le rôle de la médecine de traiter une souffrance existentielle de cet ordre ? Sa « toute-puissance » à elle ne va probablement pas jusque là.

                J’ai le souvenir d’un prêtre qui face à la mort, me disait, paniqué : « J’ai peur. Mais si j’ai peur, c’est que je n’ai pas confiance en Dieu. Et si je n’ai pas confiance, c’est que ma foi n’est pas totale. Mais alors, qu’à été ma vie, consacrée à ce que je croyais être une foi aussi solide ? » Que dire, que faire, face à cette intolérable souffrance ? La mort elle-même en serait-elle une réelle délivrance ? Que dire sinon que je reste là, présent, à ses côtés, acceptant d’entendre et de partager autant que possible cette souffrance ? Il est ainsi des souffrances que même l’euthanasie, dans son illusion de toute puissance, ne tarirait pas.

                Le reste n’est alors plus question que de modalités et d’entente sociale sur les limites qu’on donne aux choses. Mais, pour mettre les choses à l’extrême, que répondre à cette angoisse de finitude, à cette absence de sens vécue comme une souffrance intolérable en l’absence de toute pathologie organique ? Que répondre au sentiment de déchéance de sa dignité pour toute autre raison que l’état de santé ? Que répondre à la souffrance du proche ressentant une perte de dignité d’un individu incapable de l’exprimer voire même de la percevoir ? Autant de dérives, qui ne sont pas que théoriques au vu de l’évolution de la pratique dans les pays qui ont légalisé l’euthanasie, qui rendraient l’administration compassionnelle de la mort difficilement maîtrisable.

                Mais tout celà nous a bien éloigné de notre propos initial, celle de la place, et à mes yeux de l’absence de place, des soignants en tant que tels dans toute tentation d’euthanasie. Celle de la nécessaire responsabilité pour la société d’assumer ses choix sans en faire porter le poids sur des épaules qui ne le peuvent pas.

                Pardon pour la longueur de la réponse à toutes les interventions qui ont bien voulu alimenter ce débat.


              • koz koz 8 mars 2007 17:19

                Merci pour ce que vous nous apportez. Je désespère quand je constate la légèreté avec laquelle le sujet est traité, traité, comme le souligne le Professeur Debré majoritairement par des bien-portants qui envisagent la mort de façon bien théorique.

                Puis-je solliciter de votre part que vous copiez ce commentaire sur mon blog, à l’adresse ci-dessous.


              • Emmanuel Pic (---.---.239.254) 1er mars 2007 19:29

                Merci pour cette réflexion qui a l’avantage d’être menée par un soignant, c’est-à-dire quelqu’un qui est personnellement confronté à la réalité de la mort proche... Et pour qui l’euthanasie, et l’accompagnement de la fin de vie, ne relèvent donc pas du débat d’idées.

                Il me paraît certain qu’une loi allant dans le sens des revendications des pro-euthanasie autoriserait en réalité toutes les dérives. Elle se heurterait en outre au refus du corps médical et des soignants.

                Je relève dans « Le Monde » daté d’aujourd’hui une tribune de Marie de Hennezel, qui rappelle que la loi de 2005 commence à peine à rencontrer un semblant d’application, faute de décrets. C’est une loi qui s’oppose à l’acharnement thérapeutique et recommande de soulager la douleur à tout prix, y compris lorsque le traitement aboutirait à abréger la vie du patient. L’urgence me paraît d’appliquer cette loi avant de songer à en voter une autre.


                • La mouche du coche La mouche du coche 2 mars 2007 08:44

                  L’urgence me paraît plutôt de mettre Emmanuel Pic à la place de ces gens qui souffrent pour qu’il commence à entrevoir ce qu’est LA COMPASSION. smiley


                • Matthao (---.---.172.134) 1er mars 2007 19:31

                  Enfin des paroles justes et profondes qui mettent à mal celles des droits de l’hommistes faux compassionnels...


                  • Rocla (---.---.111.122) 1er mars 2007 22:11

                    Je préfère faire un tour avec Eugénie plutôt qu’ avec Euthanasie .En plus elle est géniale .

                    Rocla


                    • Michel HAMON (---.---.24.133) 2 mars 2007 08:38

                      La naissance et la mort sont deux etapes d’un continuum que nous nommons la vie .Qui s’arroge le droit de légiferer sur le faire naitre ? alors pourquoi s’acharner sur la nécessité du faire mourir ? Une grande part de la problematique autour de ce theme vient de l’exclusion du champ de la vie quotidienne de la reflexion sur ces etapesdont l’imminence crée l’angoisse et dont la resolution dans l’urgence porte la souffrance . Il est urgent de reintroduire la reflexion philosophique dans le quotidien de la vie


                      • La mouche du coche La mouche du coche 2 mars 2007 08:42

                        Michel Hamon, tu as peur de la mort, et c’est normal. Et tu te réfugies dans la philosophie pour ne pas la voir.

                        Je ne te dis qu’un chose : Penses que tu vas te retrouver un jour à l’hôpital et tu comprendras à ce moment-là bien l’abomination de ce que tu viens de dire. Mais je n’en dirais pas plus. Tu le vivras toujours trop tôt, allez.


                      • Petrus0210 (---.---.214.73) 2 mars 2007 16:31

                        Et les « héritiers pressés », alors ???


                      • Gabriel (---.---.154.110) 2 mars 2007 17:04

                        A la mouche du coche.

                        Tout le monde n’est pas condamné à finir sa vie à l’hôpital pour obligatoirement souffrir le martyr dans un lit.

                        La souffrance des malades existe, certes, mais les lois nouvelles obligent légalement au soulagement de la douleur, par ailleurs, je vous laisse méditer cela :

                        la douleur de l’infarctus fait partie des douleurs aiguës les moins bien tolérées, alors, au nom de la dignité de la personne, et pour éviter qu’elle continue à souffrir, ou qu’elle se retrouve insuffisante cardiaque à l’issue du traitement, c’est à dire avec un essoufflement permanent entravant les activités quotidiennes, les lobbys pro-euthanasie devraient demander à ce qu’on abrège la vie lors de ces infarctus !

                        Comment ça il y a contradiction ? Ah, ce n’est pas contre la douleur que vous en avez, c’est contre la déchéance physique ! mais vous avez raison !

                        Eh bien, par « humanisme » les lobbys pro-euthanasie devraient demander la fin de vie de tous ceux qui ne seront pas blonds aux yeux bleus. Les autres ne sont pas assez bien pour bien veillir (je suis châtain aux yeux bruns malheureusement, c’est pourquoi je suis contre l’euthanasie)

                        Ah, ça vous rappelle quelque chose de désagréable, c’est étonnant !

                        Plus sérieusement, et c’est une constatation de ce qui précède, au nom de quoi allez vous juger ? Quels critères malsains allez vous demander d’instaurer.

                        La vie se doit d’être respectée jusqu’à la dernière minute, et les moyens doivent être donnés aux personnes en souffrance pour être soulagé, que se soit sur le plan physique, mental ou moral.

                        Cela et cela avant toute autre chose importe.


                      • Michel HAMON (---.---.132.200) 2 mars 2007 21:17

                        Non , la Mouche !je ne me cache ni derriere un pseudonyme ni derriere une philosophie. J’ai simplement appris très tot dans ma vie la realité de la mort et à ne pas en fuir l’idée y compris pour moi. C’est l’irruption brutale de cette verité pour soi meme ou pour des proches qui crée le traumatisme ; il faut donc lever l’effet « surprise » , c’est tout ce que je voulais dire . Salut la Mouche , je t’aime bien.


                      • La mouche du coche La mouche du coche 4 mars 2007 08:21

                        gabriel « les lobbys pro-euthanasie devraient demander la fin de vie de tous ceux qui ne seront pas blonds aux yeux bleus »

                        Gabriel, parcequ’ils commencent par la même syllabe, tu confonds les mots « euthanasie » et « eugénisme ».


                      • Petrus0210 (---.---.214.73) 2 mars 2007 16:25

                        Le plus terrible dans le fait de légiférer sur l’euthanasie, c’est que ça créerait une suspicion insupportable des malades envers les médecins et les infirmières. En effet, à chaque fois qu’un médecin ou une infirmière entrera dans sa chambre, le (la) malade sera en droit de se demander : « Qu’est-ce qu’il (elle) me veut, celui-là (celle-là) ? Est-ce qu’il (elle) vient pour me tuer ou pour me soigner ? »


                        • Petrus0210 (---.---.214.73) 2 mars 2007 16:30

                          Par ailleurs, il y aura certainement des « héritiers pressés »...


                        • clotilde (---.---.244.141) 7 mars 2007 09:37

                          Vous semblez confondre totalement « aide à mourir » et « meurtre ». Il me parait évident qu’une législation sur l’euthanasie doit impliquer que la demande vienne du malade, et non de son entourage (en Hollande ou en Suisse, on insiste sur la demande répétée du malade). La personne devrait en faire la demande alors qu’elle est consciente, soit au début d’une maladie, soit n’importe quand en anticipation. Je vous jure qu’on vit mieux si on sait que, dans l’éventualité d’une maladie incurable et invalidante, on aura un jour la possibilité de demander à quelqu’un de l’aide, sans que cette personne puisse être accusée d’homicide volontaire. Ceci ne veut pas dire qu’on utilisera cette possibilité, ni qu’on nous l’imposera - mais que si un jour on fait une demande d’euthanasie alors qu’on n’en peut plus, on sera écouté, que ce ne sera pas considéré comme une demande irraisonnée de la part d’un dépressif. Beaucoup de gens qui adhèrent à l’association Exit, en Suisse, n’utilisent pas cette « aide au suicide », même quand ils sont très malades ; mais ils en ont la possibilité, et c’est cela le vrai respect du malade. Les soins palliatifs ont malheureusement des limites - je le sais car je ne réagis pas à la morphine et ça m’a fait me poser de sérieuses questions sur ma fin de vie. Enfin, encore faut-il accepter que notre propre mort est inéluctable, prendre le temps d’y penser avant d’y être confronté... ce que beaucoup refusent. Ils préfèrent se cacher derrière l’évocation de risques de dérives pour éviter de réfléchir.


                        • esperedansles (---.---.170.102) 2 mars 2007 16:49

                          l’article de Sylvain Etiret est excellent ; en effet il faut appliquer la loi Léonetti sur le refus de l’acharnement thérapeutique, mais éviter de légiférer sur l’euthanasie car les malades ne doivent pas vivre dans la crainte d’être euthanasiés ; en effet on sait que dans les divers sortes de comas beaucoup peuvent entendre et ne peuvent pas communiquer ; comment avoir le culot de qualifier les êtres humains -en coma- de légumes , seulemnt car ils ne peuvent parler. Les juges sont assez doués de bon sens pour évaluer chaque cas particulier et ne pas condamner les responsables dans les cas pratiques extrêmes.La loi est faite pour des cas généraux......


                          • Zamenhof (---.---.17.89) 4 mars 2007 15:58

                            Surtout que cette impossiblilité de par exemple les fous, de choisir par aux-même étéit un des arguments clés pour Binding et Hoche, sérieux et humanitaires auteurs d’un célèbre ouvrage paru en Allemagne vers 1920) pour demander à ce qu’o soit autorisié à les « libéreré d’un »vie ne méritant pas d’être vécue".

                            On sait le terrain que ce livre a préparé.


                          • etienne.d (---.---.204.113) 3 mars 2007 04:36

                            @ l’auteur

                            J’aurais bien aimé que vous répondiez aux diverses questions qui ont été soulevées dans ce fil, notamment au sujet de la limite acharnement thérapeuthique et moyens vitaux « machinisés » avec aucun espoir réel, cela existe encore, certes moins). Bien d’autres questions constructives dans le fil aussi.

                            Je pense que vu votre métier c’est sur qu’il n’est pas toujours facile de passer du temps sur internet. Mais j’aimerais vraiment avoir votre avis en réaction au fil de votre artcile.

                            D’avance merci.

                            Salutations

                            Etienne


                            • Sylvain Etiret 4 mars 2007 03:08

                              Par manque de dextérité, ma réponse s’est retrouvée placée plus haut.

                              Avec mes excuses.

                              Sylvain Etiret


                            • Roland (---.---.17.89) 4 mars 2007 15:53

                              « La fin de vie est une étape importante de la vie »

                              Q’en des termes galants ces choses-là sont dites !!

                              quelle époque !


                              • Kookaburra (---.---.161.184) 4 mars 2007 18:26

                                Cela m’étonne de voir tellement d’avis contre l’aide à mourir. Atteint d’une maladie grave, le spectre de longues années de déchéance et de souffrance me hante. Je pourrais les affronter avec plus de sérenité si je savais qu’une aide à mourir serait éventuellement disponible. Les objections basées sur la religion je les comprends et je les accepte, mais l’objection principale est le supposé risque d’abus. Or, il faut connaitre les détails de la législation qui existe déjà en Hollande et que l’ADMD (Association pour le Droit de Mourir en Dignité) cherche à introduire en France. L’aide à mourir est accessible uniquement en phase terminale d’une maladie incurable. Le malade doit réitérer pendant plusières semaines son désire d’en finir. S’il n’est pas dans un état cohérent et n’a pas laissé un document validé exprimant son souhait, on ne peut rien faire. Deux médecins, le médicin traitant et un deuxième médecin doivent certifier que la demande est raisonnable et non pas le résultat d’une dépression temporaire. Enfin les autorités judiciaires doivent être prévenues. Dans la mesure du possible le malade doit faire le geste lui-même (avaler le poison par exemple). Bref, on est bien conscient du risque d’abus et on prend toutes les mesures pour l’écarter. Souvenez-vous des cas comme celui de Vincent, où sa mère a fini par débrancher les appareils elle-même ? Trouvez-vous qu’elle avait tord ? Les soins palliatifs (quand ils existent !) sont souvent suffissants, mais pas dans tous les cas. Soins palliatifs et aide à mourir sont complémentaires. Je dit bien « aide à mourir » et non pas « euthanasie », car ce mot, comme le mot « acharnement » médicale est déjà une condamnation. Il est associé au nazisme et au meutre. Il n’est plus utilisable. « Aide à mourir » exprime mieux ce que nous voulons. Etes-vous vraiment contre ?


                                • La mouche du coche La mouche du coche 4 mars 2007 18:43

                                  Kookaburra,

                                  la religion ne t’entendra jamais, trop occupée qu’elle est à mettre des cases dans son système. C’est pourquoi nous l’oublierons.

                                  Tu as raison de changer le terme « euthanasie » par « aide à mourir » car dans « euthanasie », il y les syllabes « nasie » et rien que cela conduit aux ricanements de ceux qui s’en fichent.

                                  Pour autant, je pense que le médecin est la dernière personne à devoir « aider à mourir », car son métier est de guérir, et il s’acharne toute la journée à le faire, et c’est bien. aussi l’on ne peut pas du jour au lendemain lui demander de faire l’inverse. C’est tout simplement impossible.

                                   smiley


                                • Sylvain Etiret 4 mars 2007 20:02

                                  A Koofaburra,

                                  Vous dîtes très simplement, humblement, honnêtement et de façon très touchante la réalité humaine que recouvre ce débat, et je vous remercie de votre intervention.

                                  Bien que je préfère le terme d’aide à vivre que celui d’aide à mourir, nos espoirs vont dans un sens commun : faire en sorte que devant l’approche de la fin, les efforts soient tournés vers le soulagement de toute souffrance et l’absence de recherche déraisonnable de prolongation artificielle. Pour atteindre cet objectif, vous envisagez la possibilité d’une mort choisie et volontairement administrée/reçue. Mon propos est de souligner que, pour toutes les raisons que que j’ai évoquées, à la fois dans mon article et dans ma réponse à un commentaire (plus haut), cette administration pose davantage de problèmes qu’elle n’en règle. En particulier qu’elle ne résoudrait paradoxalement pas toutes les situations de souffrance dans les conditions de dignité qu’elle vise sans toujours l’atteindre.

                                  Outre les risques de dérives persistant malgré toutes les protections que les lois ont pu prévoir dans les pays concernés, cette administration repose sur l’action d’un tiers dont je souhaitais insister sur le fait que leur faire une telle demande les place dans une situation impossible par nature. Bien d’autres options que l’implication de soignants devraient alors être envisagées, allant de la constitution d’une profession spécialisée à l’extension des circonstances atténuantes à l’homicide effectué par quiconque motivé par de telles circonstances.

                                  La réponse à votre attente me semble dès lors bien plus reposer sur une réflexion et une évolution de la société sur la solidarité, le partage, l’accompagnement, l’estime, ... qui entoure chacun de ses membres, sur la « valeur » que chacun d’entre nous continue à porter jusqu’au terme de sa vie, sur l’attention, l’empathie, le soutien que chacun porte à ceux qui l’entourent.

                                  C’est probablement sur un objectif de cet ordre que patients, proches, soignants, et tous ceux qui se préoccupent de ce que notre existence soit la plus humaine possible, pourraient ensemble faire avancer les choses.


                                • La mouche du coche La mouche du coche 4 mars 2007 20:30

                                  Sylvain,

                                  Votre commentaire est long et compliqué et pèche à mon avis par un point que j’ai du mal à cerner. smiley

                                  J’ai l’impression que vous voyez les choses de trop haut mais je n’en suis pas sûr. smiley

                                  Je vais essayer d’être clair, procédons par étape :

                                  En médecine, il y a un moment où vous êtes SÛRS que le malade ne pourra pas se rétablir. Ce n’est jamais sûr à 100 % bien sûr, mais cela en est très proche. Ce moment est celui où on peut et doit ne plus faire durer cette situation parce que l’être humain quoiqu’en dise la religion, n’est pas fait pour vivre dans un lit sans bouger avec un tuyau dans le nez. smiley

                                  Alors si vous êtes d’accord sur ce point, il reste à savoir qui décide que le moment est atteint et aussi qui arrête la bécane. Je pense pour ma part que la personne la plus à même de le faire est L’INFIRMIÈRE pour une série de raisons, mais c’est seulement mon opinion. Une commission de divers compétences peut aussi être une bonne idée. smiley

                                  cordialement


                                • Sylvain Etiret 6 mars 2007 00:27

                                  La Mouche,

                                  Merci de me rappeler à l’ordre si mes explications sont confuses.

                                  Je ne sais pas si je vois les choses de trop haut. Je tente au contraire de m’appuyer sur une pratique quotidienne. C’est de cette pratique que naissent les réflexions que j’ai essayé de synthétiser, et non d’un a priori théorique auquel je tenterais de faire coller la réalité.

                                  Néanmoins, pour répondre aux deux étapes de vos questions :

                                  - vous évoquez « ce moment où l’on ne peut et ne doit plus faire durer cette situation ». Toute la question est dans le « faire durer ». Il n’y a aucune difficulté, aux termes de la loi Léonetti, à ne pas « faire durer », à cesser tout soin de prolongation artificielle. Le problème réel est de savoir s’il faut « laisser durer », c’est-à-dire faire un geste pour abréger la vie (non plus cesser de faire un geste qui l’entretien artificiellement). Il ne s’agit là ni d’une question religieuse ni d’une argutie, mais d’une très concrète différence au pied du lit du patient.

                                  - vous évoquez le fait de « vivre sans bouger d’un lit avec un tuyau dans le nez ». Je pourrais vous citer de nombreux patients qui, dans ces conditions, n’en demandent pas pour autant à mourir. La question n’est donc pas celle de l’apparence de technique dans les soins ou de l’absence d’autonomie. Elle est plus dans le vécu que le patient (ou ses proches) en a. Elle est donc plus dans ce qui fait que pour certains cette situation n’a plus de sens alors qu’elle en conserve pour d’autres. Il n’y a donc aucune raison de mettre la barre à « lit + tuyau dans le nez ». On peut la mettre à « lit + perfusion » ou « fauteuil + perfusion » ou « fauteuil + incontinence » ou à bien d’autres niveaux encore. C’est d’ailleurs la réalité de la plupart des demandes d’euthanasie, loin des images caricaturales qu’on imagine. Pour prendre un exemple vécu, un patient encore autonome et lucide malgré une grande fatigabilité, porteur d’un cancer dépassé mais physiquement confortable et sans aucun tuyau, me disant : « Puisque je ne vais plus guérir, pourquoi attendre ? Autant en finir tout de suite. Allez-y ». Les situations de souffrance physique persistante relèvent quant à elles plus d’une réticence alors injustifiée à prendre le risque de hâter la fin (non à décider de hâter la fin).

                                  - vous demandez qui peut décider que c’est le moment et « arrêter la bécane ». Si arrêter veut dire couper le contact, je réponds : « Je ne sais pas. En tout cas pas un soignant » (Quelle est cette série de raisons qui vous fait voir l’infirmière dans ce rôle ?). Si arrêter veut dire laisser s’éteindre le moteur sans chercher à l’entretenir ou à le faire redémarrer, je réponds : « C’est déjà prévu dans la loi Léonetti ».

                                  Même si je suis encore un peu long, j’espère que cette réponse sera plus claire que mes interventions antérieures. Pour résumer en quelques mots :

                                  - les demandes réelles d’euthanasie sont le plus souvent éloignées de l’image qu’on en a,

                                  - elles sont généralement sous-tendues plus par une démarche « spirituelle » que par une souffrance physique,

                                  - elles sont adressées à des soignants qui n’ont aucune légitimité pour y répondre favorablement.

                                  Cordialement.


                                • La mouche du coche La mouche du coche 6 mars 2007 09:13

                                  Si le malade peut s’exprimer et dit qu’il ne veut pas en finir, il me semblerait pour le coup fondamentalement dramatique de ne pas le laisser en vie.

                                  Dans le cas où il voudrait en finir, il devrait y avoir possibilité d’accéder à sa demande, sous certains critères et même si vous ne le comprenez pas. ` Pourquoi l’infirmière est-elle la personne la mieux indiquée pour faire le geste de l’arrêt ?

                                  Mais parce qu’il faut pour cela une personne proche du malade, mais quand même professionnelle et extérieure, et elle est la personne la plus indiquée puisqu’elle s’est occupée de lui très étroitement et a passé le plus de temps avec lui : Elle le « ressent » le mieux, du point de vue PHYSIQUE.

                                  le médecin est la DERNIERE personne à pouvoir le faire, parceque, contrairement à se que tout le monde dit, l’acharnement thérapeutique est l’honneur du médecin. Tout médecin s’acharne toute la journée à soigner thérapeutiquement alors pourquoi le lui reprocher ? C’est son métier ! Nous en profitons bien. Et les meilleurs sont ceux qui s’acharnent le plus.

                                  C’est pourquoi on ne peut pas du jour au lendemain lui demander de faire l’inverse de ce qu’il fait tous les jours : Il le fera forcément mal.

                                  Le dernier argument et non le moindre, et pour le coup hautement symbolique, est le fait qu’il faut que se soit UNE FEMME qui le fasse. C’est une femme qui donne la vie, c’est à elle de la reprendre : Voilà qui est bouclé. Le pragmatisme des femmes et disons-le, leur courage surpassent le nôtre dans ce domaine.


                                • clotilde (---.---.244.141) 7 mars 2007 09:57

                                  Je ne pense pas que n’importe quelle infirmière puisse effectuer le geste de fin de vie. Cela demande une préparation car ce n’est pas facile à gérer. Mais je pense que certain(e)s infirmièr(e)s bien préparés pourraient l’assumer. Cependant, l’idéal resterait que le malade puisse faire le geste lui-même, soit par la boisson léthale comme l’association Suisse Exit le propose, soit en appuyant sur un bouton qui « formalise » le geste. Mais ce n’est pas toujours possible. Pourquoi une personne de l’entourage du malade -famille, ami- ne pourrait pas faire ce geste, avec la présence d’une infirmière pour la sécurité du geste ? Il me semble que quand on aime quelqu’un, la compassion nous aide à accéder à sa demande de quitter la vie. Le postulat de base reste que le malade ait expressément dit ou indiqué qu’il souhaitait une aide à mourir si le cas s’en faisait sentir, cette demande ayant été fait en toute conscience. Sans demande spécifique, espérons que la personne pourra avoir accès aux soins palliatifs, mais nous avons encore du travail à faire dans ce domaine.


                                • La mouche du coche La mouche du coche 7 mars 2007 18:14

                                  Clotilde,

                                  Je suis assez d’accord avec toi.

                                  N’importe quelle infirmière n’est pas capable de pouvoir faire le geste. Il faudra définir des critères.

                                  Quand au geste d’arrêt fait par un proche, pourquoi pas ? Je ne suis pas arrêté sur le sujet. smiley


                                • atrap (---.---.152.17) 5 mars 2007 19:38

                                  la mmouche t’as de la chance que je ne sois pas une « tapette » ne fais pas dans le misérabilisme tout le monde sur agora connaît tes prises de position selon le vent.

                                  Je retourne ma veste toujours du bon côté.


                                  • roger (---.---.162.81) 7 mars 2007 09:32

                                    Merci de cette prise de position que je partage tout à fait. Le rappel important que le personnel soignant est pour la sauvegarde de la vie !

                                    Merci !


                                    • Albert (---.---.141.120) 15 avril 2007 03:29

                                      Bonjour,

                                      Après avoir lu attentivement votre article, je ne peux que dire que j’ai raement lu un article aussi« faible » en rapport avec l’euthanasie. Membre depuis très longtemps de l’A.D.M.D., j’essaye de suivre au mieux les réalités des « gens qui souffrent », qui « n’en peuvent plus » - l’euthanasie est souvent une grande chance pour eux (s’ils la désirent, bien entendu). Votre article n’aborde même pas le problème fondamental de l’hypocrisie et de la peur du personnel soignant (voir certains procès). Avant d’écrire ceci, j’ai demandé également l’avis (sur votre article) de plusieurs amis médecins - aucun ne l’a apprécié. Mon but n’est nullement de faire une critique stérile, mais je trouve plus consteructifs de vrais articles de fonds.

                                      Cordialement

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