L’impunité laïque
Dans « Les Misérables », Victor Hugo dépeint une fresque de la société catholique de son époque et profite pour en critiquer certains défauts. Ainsi, Jean Valjean est-il condamné pour une broutille, un vol de pain avec la circonstance atténuante d’avoir à élever bien péniblement une famille nombreuse et cela dans un contexte de disette. Condamné au bagne pour ce larcin aggravé par une réputation de braconnier, il est rejeté par la société lorsqu’il revient au bout de dix-neuf ans. Seul l’évêque, même chez Hugo, mettra en accord la parole et l’acte et offrira à Valjean une possibilité de rédemption.
Au moins y avait-il, dans cette société du dix-neuvième siècle, la notion de pardon, bien présente, même si tout le monde ne le pratiquait pas. En tout cas, dans une population qui allait à plus de 90% à la messe au moins une fois par semaine, chacun avait-il le loisir d’entendre parler de pardon.
En 1905, la séparation de l’Église et de l’État sema les prémices de la sécularisation de la population française et, comme toujours en pareil cas, la rupture se fait brutalement, mais n’a d’effet notoire qu’avec le temps, un temps de civilisation, de l’ordre de décennies sinon d’un siècle. Nous voilà donc, en ce début de vingt et unième siècle dans une situation quelque peu différente de celle de la société de Victor Hugo. Avec probablement moins de 10% de catholiques pratiquants, des protestants quasi inexistants en nombre, des jeunes dont les parents n’avaient déjà pas été enseignés chrétiennement, la société laïque d’aujourd’hui a perdu bien de ses repères d’antan. La perte du caractère transcendant de la morale chrétienne, remplacée par une morale dite laïque de même inspiration, a quand même aujourd’hui des conséquences inquiétantes : une relativisation du péché quel qu’il soit et une pseudoculture du pardon qui en fait de pardon ne l’est en rien mais consiste plutôt en une démission qui consiste à ne pas regarder la gravité des actes commis dans les cas où il le faudrait.
Ce dernier point mérite précision. Objectivement, si l’on considère un vol, un crime voire un viol, la presse en général utilise le qualificatif « d’incivilité ». Ce genre d’actes peut conduire à certaines peines de prison, mais nous avons quelques indices que même si les condamnations sont prononcées, les peines ne sont pas effectuées : les multirécidivistes violeurs ou criminels emplissent les pages de nos quotidiens et même le ministre de l’Intérieur a récemment demandé qu’à partir de condamnations de deux ans de prison, les personnes concernées effectuent au moins un jour de peine !
Il faut dire que si la société laïque sécularisée de ce début de vingt et unième siècle a éliminé le dieu des chrétiens, elle l’a volontiers remplacé par un autre dieu, l’argent. Notre société pense ainsi globalement et, semble-t-il, démocratiquement, que l’argent peut soulager toutes les douleurs. Vous perdez un être cher dans un accident d’avion ? Pas de problème, on va vous indemniser, etc. Les exemples sont légion et l’ampleur du pardon ne se décide plus guère qu’à l’aune des sommes engrangées dans des procès guidés par des avocats qui, eux aussi, ont bien abandonné ce qui devrait être une déontologie. On retrouve d’ailleurs en partie cet état de fait dans la maxime « pollueur payeur ». Puisque l’on paye, laissez-nous polluer en paix. Les quotas de CO2 sont de la même veine. Et cette dernière réflexion nous amène à l’autre aspect de la précision que nous voulions donner. Le crime en général est peu condamné en notre société laïque déliquescente. Par contre, il est des crimes qui sont de plus en plus sévèrement punis. Le crime écologique par exemple, devient de plus en plus sévèrement puni, pour tous, via des taxes dites écologiques et dont on pourrait réellement débattre. Je n’en cite qu’un exemple, volontairement simple, mais symbolique. Pour moins consommer et moins rejeter de CO2, dès 2012, le transport aérien va être soumis à des quotas de rejet. Pour atteindre des objectifs toujours plus serrés, les avionneurs, Boeing, Airbus et les autres vont mettre davantage de fibres de carbone dans leurs avions, c’est déjà le cas du B787 et de l’A350. Et il est vrai que, de ce fait, les avions rejetteront moins de CO2. Néanmoins, une fois la fibre de carbone fabriquée, elle n’est pas recyclable. Que fera-t-on donc des montagnes de fibre que nous allons accumuler avec le temps, l’aviation n’étant pas le seul domaine à en généraliser l’utilisation, les autres secteurs industriels devant le faire pour les mêmes raisons ? Dans un autre registre, si le criminel se balade tranquille en notre pays aujourd’hui, celui qui dépasse la vitesse limite de 50km/h va directement en prison sans passer par la case départ. Le système se met donc encore en place à l’heure actuelle : les vraies incivilités sont bien davantage punies que la vraie criminalité. Voilà ce qu’est un pays laïc comme la France.
Venons-en alors à un fait divers récent, celui du meurtre d’un voleur de truffes par un agriculteur. Penchons-nous sur l’article du Parisien du 25 décembre qui donne la parole aux soutiens de la victime. Il apparaît dans cet article deux points qui me semblent susciter la discussion. Tout d’abord le titre « Hommage à Ernest, tué pour une truffe ». Clairement, le titre cherche à minimiser l’acte de vol. On connaît, hélas, cette technique par cœur. Elle a couramment court lorsqu’un délinquant tue un policier ou lorsqu’un policier se tue en poursuivant un délinquant. A l’inverse, si un délinquant se fait tuer par un policier, là, c’est le déchaînement médiatique contre l’infortuné, surtout s’il a eu le malheur d’avoir affaire à une personne d’origine étrangère !
Le deuxième point de l’article du Parisien est cette phrase prononcée par un soutien de la victime : Et quand bien même, cela valait-il la mort ? Bien sûr, voler des truffes ne mérite pas la mort. Posons-nous alors la question suivante. Comment en est-on arrivé là, où, a priori, un honnête agriculteur se retrouve criminel pour défendre son travail et pour vivre dignement ? En réalité, opinion personnelle, c’est l’impunité actuelle pour les délits avec des multirécidivistes en liberté qui amène les populations qui restent honnêtes à se constituer en guildes d’autodéfense. L’impunité engendre l’augmentation des délits puisque le crime se met à rapporter. Nous sommes alors dans un état, actuellement, où nous sommes à la limite, comme nous le voyons sur cet exemple, de constitution de guildes d’autodéfense, aujourd’hui d’agriculteurs spécialisés dans la truffe et demain d’autres professions agricoles ou non (vols des métaux sur les voies ferrées, etc.).
Un autre phénomène se fait jour aussi depuis quelques décennies maintenant. Objectivement, les sphères du pouvoir sont corrompues. La cassette Méry, l’affaire Bettencourt plus récemment, jusqu’à la discussion parlementaire vive qui a débouché sur l’absence de condamnation à des peines de prison pour des députés qui frauderaient le fisc, tout cela contribue à montrer à la population que ceux qui sont en charge de la gouverner et devraient donc être des exemples ne sont que corrompus. On pourrait d’ailleurs légitimement se demander si les tenants du système n’ont pas conscience de leur état corrompu à tel point qu’ils organiseraient l’impunité des autres pour lesquels ils auraient une sorte de compassion fraternelle…
En bref, la société laïque est en déliquescence après avoir tué ou presque le christianisme. Il y a pourtant une question qui n’a jamais été posée et qui pourtant le mérite. Lorsque nous sommes passés dans l’ère du catholicisme, nous venions de l’Empire Romain, une organisation laïque donc. Il a bien dû falloir qu’à l’époque les forces soient vives pour basculer d’un système laïc à un système théocratique. Pourquoi donc, à cette époque, les peuples ont-ils préféré basculer dans la théocratie (avec l’aval des dirigeants bien entendu) ? En conséquence, est-il imaginable que cela se reproduise aujourd’hui ? La question, claire, me semble avoir une réponse non moins claire. L’islam s’installe en terre de France. Malgré le fait que le Coran soit incompatible sur bien des points avec la loi laïque française, il n’est pas interdit de le prêcher et le diffuser. Clairement, dans un état islamique, la loi est sévère. Il suffit de regarder ce qui se passe au Maghreb par exemple ou encore au Moyen-Orient. Il ne fait nul doute qu’à terme, avec le nombre, les musulmans de France, un jour, finiront par prendre le pouvoir du fait même de la corruption laïque dont le dieu est l’argent. Une façon de le prendre sera, par exemple, de constituer des guildes de protection des faibles et d’appliquer la loi islamique dans des zones de non-droit. Mais n’est-ce pas ce qui se passe déjà ?
Nous serons alors passés du monde chrétien au monde musulman. Deux mondes relativement sûrs pour les faibles, mais avec des valeurs différentes. La laïcité, telle qu’elle existe, non seulement est à bout de souffle, mais montre son incapacité à gérer les humains. Il sera alors temps pour les laïcs anticléricaux de se morfondre sur leurs valeurs passées, en réalité issues du christianisme. Chaque système porte en lui, comme le dit l’adage, la graine de sa destruction.
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