MH17 : Bâillonner la vérité (4/4). Les techniques d’intoxication médiatique occidentale
Pour discréditer et rendre inaudible la version officielle et donc la défense de la Russie une phase d'intoxication médiatique a succédé à la phase de désinformation. Pour cela, la voix du Kremlin est noyée sous une multitude de bruits parasites (Topic Dilution ou Flooding) constituée par des théories toutes erronées et facilement mises à défaut (Consensus Breaking). Ce brouillage est d'autant plus efficace pour ses commanditaires qu'il est issu de médias russes ou de personnes prétendument proches du Kremlin. La première condition pour pouvoir identifier un brouillage est de bien connaître le message initial. Dans le cas présent, il s'agit de la position officielle de la Russie.
la position officielle russe :
Première réaction institutionnelle russe, le 17 juillet 2014 à 17h34.
Depuis la tragédie, la position du kremlin n'a pas varié, contrairement à ce qu'affirment les médias occidentaux. La première réaction de Moscou recueillie par Interfax et relayée par Reuters le 17 juillet 2014 à 17h34 est sans ambiguïté. L’avion a été abattu par un missile sol-air selon un conseiller du Ministère de l’Intérieur russe.
Plus tard, dans la soirée le premier communiqué du Ministère de la Défense de la Fédération de Russie tombe :
« Selon le Ministère de la Défense de la Russie, dans la zone de la catastrophe, il existe des unités des forces armées de l'Ukraine, armées de systèmes de missiles antiaériens de type Buk-M1. Ainsi, dans la région de la banlieue nord-ouest de Donetsk, les unités du 156 régiment de missiles antiaériens des forces armées d'Ukraine sont déployées, avec vingt-sept lanceurs du complexe Buk M1 ».
Cette première déclaration russe officielle est en désaccord avec l'hypothèse tweetée par l'Ex-Premier Ministre de la DNR, Alexandre Borodaï. Ce dernier influencé par les témoignages des habitants de Grabovo accusant un avion ukrainien, se contredit une troisième fois dans la journée et reprend à son compte ce scénario. Ce tweet est largement repris par les médias occidentaux.
Le 21 juillet, le Ministère de la Défense de la Fédération de Russie organise une conférence de presse. De cette communication, la presse occidentale n'a retenu comme preuve à charge contre la Russie que la partie traitant de la présence d'un avion de chasse ukrainien Su25.
Quel était le véritable contenu de cette conférence ?
Elle commence par une présentation circonstancielle. Le point suivant développé sur le tiers de la présentation porte sur la présence dans la zone du crash de nombreux lanceurs BUK ukrainiens. Ensuite, la présence d'un avion ukrainien est développée plus succinctement. Jamais l'avion ne fut décrit comme ayant abattu le MH17. Son rôle est présenté comme suit : « (il) surveille le développement de la situation ». La destruction du MH17 par un avion ukrainien n'a donc pas été évoquée lors de cette conférence contrairement à ce qu'affirme la presse française.
Le passage volontairement oublié par la presse occidentale est le suivant :
« L'image 5 montre que le matin du même jour à proximité du village de Zaroshchinskoye, situé à 50 km à l'est de Donetsk et à 8 km au sud de Shakhtersk, on a repéré une batterie "BUK". La question se pose : pourquoi la batterie était dans cette zone, près du territoire contrôlé par la milice et immédiatement avant la tragédie ? ».
Le 28 septembre 2016, la société Almaz-Anteï présente les conclusions de son enquête. Les experts de la société arrivent à la conclusion que le MH17 a été détruit par un missile Buk M1 de type 9M38 tiré depuis Zaroshchinskoye.
La version russe officielle n'a donc pas changé entre le 17 juillet 2014 et aujourd'hui. Elle constitue le signal initial que l'on a cherché à rendre inaudible. Maintenant qu'il est défini, il nous sera très simple d'identifier le brouillage mis en place et ses relais.
L'intoxication médiatique :
Dès le 21 juillet, l'AFP travestit la réalité de la conférence du Ministère de la défense russe en mettant l'accent sur la seule évocation de la présence d'un Su-25. De plus, elle rajoute une fausse information en l'assimilant à la théorie émise par les rebelles ukrainiens de la DNR : ce même avion a abattu le MH17.
Le cas de Lifenews.ru :
Cette intoxication de la presse russe répond à ce que l'on nomme en technique de désinformation le « Consensus Cracking ». Il consiste a introduire dans le discours de l'adversaire, un argument qui au premier abord semble sensé et valable mais qui en réalité possède une faille qui sera utilisée pour décrédibiliser ensuite l'intégralité de la thèse adverse.
Lifenews.ru est une chaîne d'information 24/24 créée en 2013 par Aram Gabrielanov propriétaire de la holding « News Média » avec comme directeur exécutif son fils Ashot Gabrielanov. Ce dernier a quitté la direction de Lifenews en septembre 2014 et vit maintenant à New York.
C'est tout d'abord sur ce canal que le 17 juillet 2014 est annoncé que les séparatistes ukrainiens avaient revendiqué la destruction d'un avion de transport. Cette fausse nouvelle est une des principales preuves à charges avancée par les partisans de la culpabilité de la Russie. Le même jour, une équipe de tournage de cette chaîne arrivée la première sur les lieux du crash, affirme que selon des témoignages recueillis sur place (voir en Post Scriptum, l'explication du SU-25 fantôme) le Boeing a été abattu par un Su25 (et 1).
Le 14 Novembre 2014, Lifenews publie une photo satellitaire d'origine américaine montrant un avion décrit comme un mig-29 ukrainien tirant sur le MH17. La photo a été envoyée à la rédaction par un « expert russe » qui l'a reçue d'un correspondant américain se présentant comme étant George Bilt. Le mail a été envoyé depuis l'adresse « georgeabilt@gmail.com », créée pour l'occasion. L'image avait déjà été publiée anonymement sur un forum russe le 15 octobre 2014.
L'information est aussi reprise par la première chaîne russe en début de soirée par Mikhail Leontiev dans son émission « cependant » (Однакo).
Le photomontage est tellement grossier ou l'affaire tellement préméditée que les premiers débunkages tombent dans la nuit du 14 au 15 novembre. Malgré cela, le lendemain l'information est reprise par les quotidiens Pravda.ru, DHI.ru, Vesty.ru, NTV, Govorit Moskva, ITAR-TASS, Lenta.ru, Telekanal, Zbezda et Komsomolskaia Pravda.
Dans la foulée, la presse occidentale s'en donne à cœur joie, ne manquant pas de ne citer que Rossya 1, la qualifiant de « Kremlin owned Channel », de « State Television » et de « chaîne russe pro-Kremlin » alors qu'il s'agit simplement d'une chaîne semi-publique. L’État russe en possède 51 %, Iouri Kovaltchouk 14% et Roman Abramovitch 24 %.
Cette intoxication de la presse russe n'arrive pas à un moment innocent, elle a lieu en plein G20 de Brisdbane qui marque le retour de la Russie après son éviction du G8 consécutive à l'annexion de la Crimée.
Presque deux ans après les faits, la parution de cette image est encore utilisée par les médias occidentaux pour prouver la mauvaise foi du Kremlin et le « manque » de cohérence de la défense russe. Le but de cette intoxication est de donner l'impression que la Russie change constamment d'opinion, caractéristique communément admise par tous comme signe de mensonges.
Et pour cela :
Un anonyme usurpant une identité qui envoie un faux document à un « expert russe » en recherche de visibilité médiatique pour promouvoir une activité commerciale et qui lui même l'envoie à un journaliste russe dont les assistants ne vérifient pas leurs sources devient : Le Kremlin.
Après cette affaire la presse russe est devenue beaucoup plus prudente et vérifie de manière drastique ses sources. Le brouillage de l'information se porte donc sur des médias satellites indépendants. Par exemple une telle communication parasite peut se retrouver dans les sites d’information du Donbass, facilement assimilables par les lecteurs occidentaux à des médias russes. Regardons par exemple deux articles publiés en langue française. Pour être impartial, l'un sera pris dans le site Donipress et l'autre dans Novorussia Today.
Pour commencer, un article d'auto-intoxication, c'est à dire avec une source interne au journal. Le SBU torture la compagne d'un expert russe enquêtant sur le drame du MH17 - L'Ukraine veut-elle étouffer la vérité ?
Dans cet article la question des causes de l’enlèvement de Darya Mastikasheva sont débattus. Malgré la mise en lien d'un article de RT donnant les causes plausibles (l'enquête du mari de Darya sur les liens entre la mafia ukrainienne et le SBU), l'auteur part sur une hypothèse différente de celle de l'organe de presse du Kremlin.
L'auteur grâce à l'intervention « d'un ami qui l'aide sur l'enquête du MH17 » se souvient que le mari de Darya : Sergeï Solokov « a enquêté » sur le MH17 et qui a même était interviewé dans un documentaire la BBC ! L'auteur met en lien l'article de l'AFP, écrivant que dans ce documentaire : « Sergey Sokolov, qui, avec son équipe de plus de cent hommes, a examiné le site de la catastrophe et n'y a pas trouvé la moindre trace d'un missile BUK ». Mais au vu des faits, il aurait été plus juste de dire que Sergeï Solokov a contribué à la désinformation sur le crash du MH17 et à discréditer la défense russe.
Sergei Sokolov est en effet un des plus fervent partisan russe de la thèse opposée à celle du Kremlin. Il était déjà intervenu dans une série de vidéos publiées sur youtube : MH17 inquiry. La conclusion de ces vidéos est que le MH 17 a été abattu par un MIG-29 ukrainien. Ces documentaires sont régulièrement cités pour discréditer la défense russe par les médias occidentaux. Ils ont été produits par un Oligarque caricatural russe Alexander Mihajlovich Volovik , qui créa dès 1989 la société « Bi-Gas-Si » spécialisée dans l'export puis les services aux entreprises pétrolière en Sibérie.
Comme toujours, les occidentaux ont relié Alexandre Volovik au Kremlin pour pouvoir qualifier sa web-série de propagande officielle du Kremlin. La tâche fut grandement facilitée par la mégalomanie de Volovik qui le pousse à illustrer sa page avec des photomontages grotesques le montrant en compagnie de Vladimir Poutine ou Dimitri Medvedev.
Photo d'Alexande Volokiv (portrait en bas à droite pour vous aidez à le trouver) et de Dmitry Medvedev. Le logiciel utilisé par Bellingcat et le JIT pour faire accuser la Russie ne révèle aucun montage. Et vous ? Merci de me répondre en commentaire.
Malheureusement ce n'est pas la première fois qu'un média de la DNR relaie de l'intoxication au sujet du MH17. Déjà le 22 mai 2017, un article appuyé sur des documents plus que douteux avait été publié. Là encore la théorie du second avion est mise en avant, par le biais d'un complot visant à faire disparaître les témoins ukrainiens de la destruction du MH17.
Les documents cités dans l'article ont été créés pour jouer un rôle équivalent à la fameuse photo satellitaire américaine. Ils ont été remis par un correspondant anonyme ayant changé 5 fois de carte SIM et 3 fois d'adresse mail à un site web russe (Sevsekretno.ru)...
Et comme prévu, sitôt repris par les sites d'informations russes non-officiel, les documents sont débunkés par ceux qui en sont les plus probables auteurs : les agents de propagande de Kiev.
Heureusement aucun média sérieux russe n'a mordu à l'hameçon. Seul sputnik a relayé l'information, mais doit-on considéré ce site comme sérieux ? La réponse est non, dans le groupe Rossya Sigodnya, RT tient le rôle de média de référence, Sputnik quant à lui se focalise sur des lecteurs plus jeunes, plus portés sur le sensationnel, fantastique et le paranormal (extra-terrestre à Gogo : lien 1, lien 2, lien 3 ; monstres).
Cette fois-ci la manipulation tombe à l'eau, seul un tweet de l'ambassade de Russie aurait pu servir à impliquer le kremlin. Mais la page de dénonciation officielle de la désinformation russe se limite à qualifier le site « Sevsekretno » de « small pro-Kremlin paper ». Même si cette tentative d'intoxication s'est montrée stérile par rapport aux tentatives précédentes, elle a permis à la propagande atlantiste de montrer une fois de plus que Sputnik est « loufoque » et elle est allée allonger la longue liste de documents faussement liés au Kremlin.
Conclusion : malheureusement pour la vérité le travail d'intoxication médiatique, malgré sa fragilité, tant par l'origine des documents que par les liens les reliant soit-disant au Kremlin, a réussi. Pour l'occidental lambda, la Russie est coupable et cette culpabilité est montrée par les prétendus changements de sa version des faits. D'ailleurs tous les sites accusant la Russie tel Bellingcat, Ukrinform, n'oublient pas d'en faire l'inventaire à chaque fois qu'ils veulent décrédibiliser la défense Russe.
Après ces quatre articles que conclure ? La désinformation a commencé bien avant le crash du MH17. Des preuves photographiques, audio utilisées par l'Ukraine sont antérieures au crash. Ce dernier a permis deux choses qui ont profité à l'Ukraine : Faire appliquer contre son gré des sanctions économiques aux européens et mondialiser la guerre civile ukrainienne en y impliquant de facto les pays dont les victimes étaient originaires (USA, Grande Bretagne, Hollande, Australie, Malaisie, Indonésie, Philippines, Belgique, Canada). Les sanctions contre la Russies ont été prises à partir des seules fausses preuves disponibles le 18 juillet et toutes fournies par un des suspects du crime : l'Ukraine. La défense russe a été rendue inaudible et a été décrédibilisée par une série d'intoxications médiatiques montées en épingle et reliées de manière abusive par la presse occidentale.
PS : Le mystère du Su-25 fantôme : de nombreux témoins déclarent avoir vu un avion de chasse ukrainien au moment du drame.
Comment cela est il possible ? Le premier élément à prendre en compte est la différence de taille entre un Boeing 777 et un Su25. Le premier représente une surface observable 14 fois supérieure au second et une puissance des moteurs donc une traînée de condensation 20 fois plus importante. Le premier est donc environ 15 à 20 fois plus visible sans tenir compte du camouflage d'un avion de combat qui rend ce dernier encore plus difficilement repérable. Il est impossible à un observateur présentant une vison de 10 dixièmes d'observer un Su-25 à plus de 5000 mètres d'altitude dans des conditions optimales de visibilité et ce pour un avion peint d'une couleur tranchante. Ce qui n'est pas le cas d'un avion de combat camouflé. De plus le jour du crash le ciel était couvert. Il n'y a donc aucune chance qu'un témoin ait pu observer un Su25 attaquant le MH17. Si on se penche sur un des premiers témoignages recueilli le 17 juillet, il y est déclaré qu'après le crash un avion fuyant vers Debaltsevo a été observé. Or au moment du crash le Vol AIC 113 de Air India survolait Grabovo en suivant précisément ce cap. Il apparaît alors que les témoins ont très probablement bien observé un avion, mais qu'il s'agissait du vol Air India. Le témoignage retenu a été mis en ligne le 17 juillet 2014 à 20h58, il est donc peu susceptible d’avoir été altéré par le temps. En effet, les souvenirs peuvent être modifiés par l'auto-sujection du témoin qui reconstruit son témoignage sous l’influence de celui de son entourage et de ce qu'il en a lu, entendu et vu ultérieurement dans la presse.
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