@aurelien Effectivement, vu sous cet angle il y a un rapport au moins avec le darwinisme. Intéressant le dessein intelligent industriel, malheureusement tenant compte d’une définition très étriquée de l’intelligence par ses créateurs. Cependant, il n’est pas dit que les organismes issus de manipulation génétiques apportent un réel changement aux règles régissant le vivant, même si l’hybridation est vraiment artificielle (introduction de gènes humains dans des plantes par exemple). Je reconnais que ce risque existe. D’ailleurs, pour abonder dans ton sens on peut remarquer que jusqu’à la fin du XXe siècle la plupart des scientifiques considéraient que les lois de la génétique étaient maîtrisées. La découverte récente de l’épigénétique a démontré le contraire et rien ne permet d’affirmer que nous avons trouvé tout ce qu’il y avait à découvrir. Pour ce que j’en sais, cette découverte provient de l’étude de cas particuliers : par exemple une même anomalie génétique aboutissant à deux syndromes différents, fait inexplicable avec les règles de la génétique classique. Marsu avait donc raison de s’interroger sur une possible remise en cause du darwinisme par une petite bête, même si comme certains posts l’ont montré, le choix de la bestiole n’était pas nécessairement le plus pertinent. Pour en revenir aux OGM, le risque majeur est, à mon sens, une modification non prédictible des équilibres existants, ce qui est déjà en soi préjudiciable. La dissémination d’OGM dans la nature consiste à jouer aux apprentis sorciers avec celle-ci. Il n’existe personne sur la planète qui puisse prédire les conséquences à long terme d’une telle expérience, même si certains prétendent le contraire. Si nous ne savons pas déterminer les conséquences de cette dissémination, on peut faire un parallèle avec l’introduction d’espèces exotiques dans un écosystème donné, volontairement ou non (lapins et crapeauds-buffles en Australie, tortues américaines en Europe, plante japonaise à croissance rapide aux USA, etc). On aboutit à chaque fois à une rupture brutale de l’équilibre en place, qu’il est très difficile de restaurer. Les lapins ne sont pas méchants, mais ils prolifèrent rapidement dans une zone où ses prédateurs naturels sont absents. On veut les éliminer en introduisant la myxomatose ? Effectivement, la plupart meurent, mais ceux qui restent sont devenus résistants à la maladie. Etc. On pourrait objecter que cela n’a pas vraiment d’importance et qu’un nouvel équilibre naitra. C’est vrai, mais au final on constatera un apauvrissement de l’écosystème et à la disparition d’espèces, pouvant entrainer d’autres disparitions en cascade. Le changement est trop rapide pour ne pas être destructeur. Les équilibres naturels sont complexes, fragiles, mal compris et ne sont pas notre propriété. Pour ces raisons, il est préférable de ne pas les modifier, et surtout pas pour des motifs financiers. On remarquera d’ailleurs que l’économie est également un système complexe, fragile ... et mal compris, bien que ce soit une création humaine. Comment imaginer que si on ne sait pas maîtriser la complexité d’une création humaine, on puisse prétendre diriger la nature ? Les OGM posent également d’autres problèmes : - Une dissémination à une échelle suffisamment grande ne permet plus d’affirmer qu’un produit donné est "garanti sans OGM". Il y a réduction de la liberté des consommateurs et de certains producteurs. - L’entrée dans les moeurs de ce type de manipulation dans la nature peut conduire petit à petit à des modifications plus audacieuses que la résistance à un pesticide ou à un parasite. Ceci dit, certaines cultures OGM sont intéressantes : par exemple, production de substances utilisables en médecine neutres du point de vue immunitaire. Pour limiter (et non éliminer) les risques, il faudrait cantonner ces cultures dans des laboratoires parfaitement clos. Je dis limiter, car l’exemple des abeilles tueuses sud-américaines a prouvé qu’un accident ou une erreur pouvait être à l’origine d’une dissémination. Ces abeilles étaient enfermées et étudiées dans un laboratoire et se sont échappées par accident. Vingt-six reines sont à l’origine de la totalité des individus de cette espèce agressive, qui sont parvenus en une trentaine d’années jusqu’aux états-unis. Aucune tentative faite n’a permis de les éradiquer. C’est en cela que réside le danger de l’expérimentation en live : on lance un bolide à toute vitesse on oublie qu’il n’y a ni frein ni marche arrière si un obstacle survient.
Bon commentaire, tout à fait d’accord sur les "dogmes" scientifiques.
En fait, deviennent des dogmes des théories qui font consensus.
Il ne s’agit pas d’une croyance comme dans le cas des religions, mais d’une certitude de détenir la vérité ou ce qui s’en approche le plus, attitude qui trouve sa justification dans un ensemble de travaux réalisés plus ou moins rigoureusement par des scientifiques éminents.
A ce stade, la contradiction et l’émergence de nouvelles idées qui sont susceptibles de remettre en cause le "dogme" deviennent difficile.
Les personnes qui les disséminent sont bien souvent ceux qui ont eu à subir ce même dogmatisme. Il existe un corporatisme scientifique, comme dans tous les métiers. Et il arrive que certains aient plus de difficultés que d’autres à tolérer des idées provenant de gens moins spécialisés qu’eux ou des idées différentes contredisant le consensus.
En fait, il s’agit d’un caractère humain, certainement exacerbé par la conscience de certains scientifiques d’être au-dessus des autres d’être "initiés". Il s’agit bien d’un caractère humain que l’on peut retrouver chez des non scientifiques, mais qui agissent dans un domaine particulier (mode, art, ...).
Ceci dit, c’est aussi une façon de limiter les délires. Il y a donc des avantages et des défauts, comme dans tout processus humain. Celui qui sort des sentiers battus a intérêt à produire vite des résultats tangibles.
Concernant les "vérités" scientifiques, existent-elles seulement ? Des lois que l’on pensait universelles sont parfois invalidées à des échelles différentes (infiniment grand ou infiniment petit). Les lois établies sont donc vraies dans un certain contexte ou certaines théories et peuvent s’avérer fausses ailleurs.
"Etre scientifique n’est pas gage d’être un humain totalement "accompli" : évidemment.
Etre scientifique, c’est appliquer une certaine démarche et faire preuve d’une rigueur intellectuelle et ce n’est pas suffisant pour être un être accompli.
Concernant la remarque sur les matérialises "jusqu’auboutistes", il ne s’agit plus de science, mais de l’usage de ces sciences (technologies, manipulations bilogiques, etc).
Il s’agit plus de sujets sociétaux ou philosophiques.
Cela est donc un peu hors sujet, le fond de l’article de marsu étant d’une autre nature.
"Une théorie n’est pas nécessairement scientifique" : Ok. Mais ton article traite du tardigrade comme d’une possible contradiction avec le darwinisme qui est une théorie scientifique et d’une possible résurgence des théories créationnistes d’autre part. Mon post réagissait à cette mise en perspective.
Une caractéristique essentielle d’une théorie scientifique est qu’elle doit être réfutable, pas nécessairement sur le moment, car certaines théories nécessitent une évolution des technologies pour parvenir à une confirmation ou une invalidation.
La théorie des épicycles est intéressante à ce titre : il s’agit bien d’une théorie scientifique, qui a pu être réfutée en fonction de découvertes, de progrès scientifiques.
La théorisation de n’importe quel délire fournit peu de matière à discussion, mais plutôt matière à déchaînement de passions. Mais je reconnais que cela reste intéressant d’un point de vue dialectique. Cela oblige les tenant d’une théorie censée être plus réfléchie à approfondir sa réflexion au moins pour réfuter. La discussion est toujours profitable.
L’invalidation de la théorie des épicycles a été difficile justement en raison de dogmes religieux contre lesquels Galilée à eu à se battre (seules les conceptions aristotéliciennes étaient reconnues par l’église à l’époque).
Les "théories" dogmatiques sont donc un frein à la réflexion scientifique. Dans un contexte bien moins sectaire que pour les épicycles, un autre phénomène a été découvert, puis est tombé dans l’oubli, pour être redécouvert plus tard : il s’agit du phénomène d’apoptose cellulaire (la mort cellulaire programmée, où une cellule se détruit en fonction d’un ordre transmis). Il n’y a pas eu de véritable cabale ouverte contre cette découverte, mais nos sociétés empreintes de christianisme l’ont inconsciemment rejetée (la notion de suicide était choquante) alors que les asiatiques qui n’ont pas la même attitude vis-à-vis de la mort l’ont facilement adopté pour ce qu’il est : un mécanisme du vivant qu’il est fondamental de connaître.
Il me semble donc approprié d’avoir une attitude scientifique vis-à-vis de l’explication des phénomènes qui nous entourent. Il appartient à chacun de penser ce qu’il veut des questions religieuses, voire de proposer n’importe quelle théorie créationniste ou autre, à la condition expresse de ne pas interdire la réflexion scientifique.
J’aime bien tes articles de Marsupilami, car leur style est agréable et ils permettent de poser un débat. Cependant, je ne suis pas toujours d’accord sur le fond.
Le darwinisme et le créationnisme ne sont pas des « théories » opposables : la première est une démarche scientifique tentant d’expliquer un ensemble de phénomènes constatés dans la nature. La seconde n’est pas une théorie, mais un dogme. Les tenants du créationnisme réfuteront donc le darwinisme par la nature de leur dogme. Le darwinisme étant une tentative d’explication, il n’a aucune « position » vis-à-vis d’un dogme.
On en déduit que même si la théorie de Darwin se trouvait invalidée, cela ne signifierait pas pour autant que le créationnisme devrait devenir la nouvelle explication : le créationnisme est une croyance, pas une démarche scientifique.
On oublie trop souvent que les théories scientifiques sont des tentatives d’explication de certains phénomènes ou bien des modèles imparfaits pour expliquer ces phénomènes. En physique, par exemple, certains constats inexpliqués ont conduit à revoir les théories existantes, mais pas toujours pour les invalider : parfois, cela a permis de trouver une théorie englobante qui n’invalidait pas la ou les précédente(s) (électromagnétisme par exemple) ; parfois cela a permis de créer un nouveau cadre conceptuel. Parfois, on accepte la contradiction et selon ce qu’on étudie, on prend un cadre ou un autre (dualité onde-particule par exemple).
Il convient donc de ne pas avoir d’attitude trop tranchées vis-à-vis d’une théorie : elle n’est pas nécessairement la vraie représentation de la réalité (peut-être même jamais), mais plutôt une modélisation de celle-ci permettant de progresser ou d’expliquer de façon simple certains phénomènes.
Lorsqu’un scientifique parle de la théorie qui constitue son cadre de travail, il est très affirmatif et son discours pourrait faire croire que c’est la seule explication valable : il est normal qu’il ne prenne pas de précautions oratoires lorsqu’il parle de ses travaux. Par exemple, la théorie du Big Bang qui a fait consensus à une certaine époque, présentée par Hubert Reeves dans de nombreux articles pourrait laisser supposer que celle-ci est la seule explication valable de la genèse de l’univers. Mais quand, après une série d’affirmations sur son travail on lui pose directement la question de la validité de cette explication, il reconnaît lui-même qu’elle est basée sur des suppositions, elles-mêmes adossées à d’autres suppositions, etc. et qu’elle contient intrinsèquement beaucoup de faits non expliqués.
Il est possible que le tardigrade conduise non pas à invalider le darwinisme, mais à la compléter, si tant est que la conservation de certains caractères extraordinaires soit vraiment une cause d’invalidation de la théorie. Les adaptations peuvent s’avérer nécessaires si la survie est en jeu, mais sont-elles obligées de disparaître s’il n’y a pas de nécessité vitale ?
Prenons comme exemple la transmission de caractères selon les règles de la génétique. Pendant longtemps, on a cru que les lois de Mendel étaient suffisantes pour expliquer comment les gènes s’exprimaient dans le vivant. On a fini par trouver entre autres, que des caractères conjoncturels pouvaient s’exprimer dans une descendance à plusieurs générations de distance, alors que les gènes n’avaient pas pu être modifiés. Cela a conduit à une nouvelle explication, l’épigénétique, qui, sans invalider la génétique, prouve que la présence de gènes dans un génome ne conduiront pas nécessairement à leur expression.
Une dernière remarque concernant l’article sur l’évolution de nos caractéristiques humaines (les hamburgers mous qui aboutissent à la réduction de notre dentition, etc.) : je suppose que tu t’es servi de ces arguments comme image et non comme vérité, car l’homme n’est plus vraiment soumis à la sélection naturelle : nos choix de partenaires ne se font pas sur des caractéristiques fondés sur la survie de l’espèce ; quand la nature n’a pas favorisé certains, ils peuvent recourir à des techniques permettant d’enfanter malgré tout, quitte à propager certains défauts.
Beaucoup de réactions intéressantes à l’article. Il est dommage que certains fassent de la politique sur un sujet qui pour une fois n’en est pas un. Bravo pour l’article.