Je suis d’un naturel calme ; les internautes d’Agoravox le reconnaissent volontiers. Mais en visitant les entrailles de Wikipedia, lorsque j’ai constaté à quel point j’étais malmené, j’ai tout de même piqué un grand coup de colère. Ainsi donc, ces archéologues et ces historiens de métier qui font la loi en matière d’histoire de la Gaule et qui se tiennent les coudes comme c’est pas possible n’ont que mépris pour ceux qui osent entrer dans leur chasse gardée. Ces archéologues et historiens de métier, qui n’ont jamais entendu siffler une balle, prétendent expliquer les batailles et les campagnes de César mieux qu’un ancien militaire qu’ils ont en outre l’outre-cuisance de traiter d’illuminé. Eh bien ! Qu’ils viennent ici contester mon explication de la bataille de Gergovie que seul un site italien a eu l’intelligence de reprendre et, évidemment pas Wikipédia qui en est encore à bafouiller entre le plateau désert de Merdogne et les Côtes de Clermont.
César arrive au pied de Gergovie.

Le jour de son arrivée, César livra un combat de cavalerie facile. Puis il reconnut l’emplacement de la ville qui se trouvait située sur une très haute montagne. De tous côtés, les possibilités d’accès étaient difficiles (DBG VII, 36).
Déjà, dès ces quelques phrases, on aurait dû comprendre que le camp de fin d’étape retrouvé sur la colline de la Serre - voir croquis suivant - était celui que César installa pour la nuit, après ce combat de cavalerie ; et donc que ce combat de cavalerie ne s’est pas déroulé contre une cavalerie gauloise qui aurait protégé les accès de Merdogne mais ceux de la hauteur fortifiée du Crest où il faut vraiment être aveugle, ou de mauvaise foi, pour ne pas y voir la position redoutable que décrit César.
Quelle bêtise que de dire que le plateau de Merdogne était défendable, alors que ses arrières ne présentent aucun avantage de terrain pour y dresser une ligne de défense !
Dans mon article du 31 août 2007, j’ai donné la traduction presque mot à mot, de la description extrêmement détaillée qu’a donnée César de la position et du dispositif gaulois
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/gergovie-des-textes-irrefutables-28410. Je ne veux pas me répéter et passe tout de suite à l’explication résumée de la bataille. Je précise que je ne donne que des extraits du récit césarien pour ne pas faire un article trop long, et que j’ai resserré en largeur mon croquis de la bataille.
César s’empare de La Roche-Blanche.
La place était tenue par une garnison gauloise assez importante. Malgré cela, César, dans le silence de la nuit, sortit de ses camps, et avant qu’on ne puisse venir les secourir de l’oppidum, il délogea les Gaulois de la position. Maitre de la place, il y installa deux légions. Il relia les grands camps aux petits par un double fossé de douze pieds de large, en sorte que même les hommes isolés pouvaient y circuler librement à l’abri d’une attaque soudaine de l’ennemi (DBG VII, 36).
Manoeuvre de diversion (la fameuse fausse attaque).
A l’aube, il ordonna que l’on fît sortir des camps un grand nombre de (chariots de) bagages, ainsi que des muletiers coiffés de casques, et il donna comme consignes qu’on les conduisît par un mouvement tournant prendre à revers les versants comme le ferait une troupe à cheval (et non les collines comme on a traduit le mot collis). Il les renforça de quelques cavaliers qui avaient reçu la mission de rayonner plus loin dans le seul but de se montrer. Il précisa en outre dans ses ordres que c’est en faisant un long détour qu’il fallait diriger tout ce monde-là vers l’objectif fixé.
De l’oppidum, on voyait tous ces mouvements de loin, car de Gergovie, la vue plongeait sur les camps ; mais à une telle distance, il n’était pas possible d’observer ce qu’il en était dans le détail. En outre, César envoya en direction de la crête une légion et après un début de progression, il la fit obliquer vers un lieu bas et la cacha dans les bois...
...L’inquiétude grandit alors chez les Gaulois. Il appelèrent toutes leurs troupes sur les retranchements qui leur semblaient être menacés (à l’autre bout de l’oppidum)...
Attaque des camps gaulois.
...Les Gaulois avaient dressé en avant de l’oppidum, à mi-pente du versant, dans la longueur, tout en suivant le relief de la montagne, un mur en grosses pierres de six pieds de haut (1m80), pour briser l’élan des Romains...
...Ils avaient rempli la partie supérieure du versant jusqu’à la muraille de l’oppidum de campements très serrés, tandis que la partie inférieure (au-dessous de ce mur) avait été laissée entièrement dégagée. Au signal donné, les légionnaires (de la légion avec laquelle se trouvait César) se portèrent rapidement vers le retranchement et après l’avoir franchi, ils se rendirent maitres de trois camps. L’action fut si rapide que Teutomatus, chef des Nitiobroges, surpris dans sa tente en train de faire la méridienne, n’échappa que de justesse aux mains des soldats qui couraient au butin. Il réussit à s’enfuir, le torse nu, sur son cheval blessé...
Attaque de la porte de l’oppidum.
... La distance entre la muraille de l’oppidum et la plaine était à vol d’oiseau de mille deux cents pas, comptés à partir de l’endroit où la montée commençait. Il fallait ajouter à cette distance celle des détours qui rendaient la montée plus facile mais augmentaient la longueur du chemin...
...Transportés par l’espoir d’une prompte victoire, encouragés par la fuite des Gaulois et par le souvenir de leurs anciens succès, les légionnaires (de la légion qui attaquait de ce côté) se persuadèrent qu’il n’y avait aucun obstacle que leur courage ne pouvait surmonter. Ils ne cessèrent la poursuite qu’une fois arrivés au pied de la muraille de l’oppidum, puis ils se dirigèrent vers les portes.
Combat retardateur des femmes de Gergovie et contre attaque gauloise.
Alors, dans toutes les parties de la ville, une clameur éclata (à la vue de la légion qui avait envahi les camps)... Les mères de famille jetaient du haut des murs des étoffes et de l’argent. Les mains ouvertes dans le geste des suppliantes, faisant saillir leur poitrine nue, elles demandaient aux Romains de jurer d’épargner les femmes et les enfants et de ne pas recommencer ici ce qu’ils avaient fait à Avaricum. Plusieurs même, descendant des murs en s’agrippant aux pierres, se livrèrent aux soldats...
Pendant ce temps-là, les Gaulois qui s’étaient regroupés à l’autre bout de l’oppidum... informés... se précipitèrent en masse et au pas de course (vers l’oppidum), en se faisant précéder de leurs cavaliers. Au fur et à mesure qu’ils arrivaient, ils se plaçaient au pied des murs et venaient grossir toujours davantage le nombre des combattants.
Lorsqu’ils furent une multitude, les mères de famille qui, un instant plus tôt, tendaient les mains vers les Romains du haut des murs, se tournèrent vers les leurs en les adjurant et en leur montrant leurs cheveux défaits suivant la coutume gauloise. Puis, à bout de bras, elles levaient leurs enfants vers eux. La position et le nombre jouaient contre les Romains. La lutte était trop inégale. Epuisés par la course et par le prolongement du combat, ils résistaient difficilement face à des troupes fraiches et intactes.
Le corps à corps était d’une âpreté exceptionnelle. Les Gaulois avaient l’avantage de la position et du nombre. Les Romains plaçaient leur espoir dans leur valeur militaire. César avait envoyé les Eduens à droite par un autre chemin dans l’intention de leur faire exécuter une manœuvre à distance. Soudain, on vit ces Eduens arriver sur le flanc découvert des légionnaires. Leurs armes étaient semblables à ceux d’en face. La panique se mit dans les rangs...
Echec de l’attaque de la porte de l’oppidum.
... M. Petronius, centurion de la légion (qui attaquait de ce côté-là), s’efforçait d’enfoncer les portes. Accablé sous le nombre, couvert de blessures et se voyant perdu, il s’écria à l’adresse des soldats de son manipule qui le suivaient : « Puisqu’il ne m’est pas possible de me sauver avec vous, laissez-moi au moins assurer le salut de vos vies que mon amour de la gloire a mises en péril. » Ayant prononcé ces mots, il se précipita au milieu des Gaulois, en tua deux et fit reculer un peu les autres de la porte. Et comme ses hommes venaient à son secours, il ajouta : « Vous voulez me sauver la vie. Votre tentative est vaine, j’ai perdu trop de sang et mes forces m’abandonnent. Partez d’ici, il est encore temps, rejoignez la légion ! » Puis, les armes à la main, il tomba au champ d’honneur en sauvant la vie des siens...
Les légions sont rejetées de la position.
Après avoir perdu quarante-six centurions, les Romains, pressés de tous côtés, furent rejetés de la position. Les Gaulois les poursuivaient de très près. Heureusement, la dixième légion, qui s’était établie en réserve sur une position où le terrain était un peu moins en pente, brisa leur élan. A leur tour, les cohortes de la treizième légion, que le légat T. Sextius avait fait sortir des petits camps et installer sur un point haut, assurèrent le recueil de la dixième légion... Ce jour-là, les Romains déplorèrent la perte d’un peu moins de sept cents hommes.
Mon premier commentaire.
Il y a dans cette bataille de Gergovie — et cela chez les deux adversaires — une intelligence tactique étonnante… et pourtant logique.
Dans la logique de son coup de main, César fait semblant de développer une attaque sur l’autre bout de l’oppidum en l’abordant par la croupe de Chadrat, pour y attirer toutes les troupes gauloises et ainsi dégarnir l’oppidum ovale - première ruse. Puis, depuis La Roche-Blanche, il lance brutalement son assaut sur les camps jusqu’aux premiers murs de la ville - deuxième ruse - car cette attaque masque, couvre et protège la légion qui s’est infiltrée depuis la vallée et qui essaie de s’emparer par surprise de la porte de l’oppidum, mission principale.
Dans la logique de sa défense, Vercingétorix protège le point faible de son dispositif (à l’autre bout de l’oppidum), tout en étant en mesure de lancer de vigoureuses contre attaques en direction du Crest dans d’excellentes conditions (principe des éléments successifs d’assaut).
César écrit que les Gaulois s’étaient portés en masse à l’autre bout de l’oppidum pour se défendre contre sa fausse attaque : scepticisme de ma part ! J’aurais plutôt tendance à penser que c’est Vercingétorix qui lui a fait croire que tout son effort de défense se portait sur ce point (principe de l’intoxication par de faux déserteurs). En dégarnissant presque complètement ses camps (la ficelle était pourtant un peu grosse), Vercingétorix a incité César à lancer son assaut sur Le Crest. César est tombé dans le piège. En effet, l’oppidum ovale était solidement tenu, et les Gaulois du plateau ont aussitôt lancé leur contre attaque en prenant les Romains sur leur flanc et à revers.
Mon deuxième commentaire.
Les lecteurs qui souscrivent à mon interprétation pourraient penser que j’en tire gloire. Eh bien non ! Je suis en colère qu’on n’ait pas compris cela plus tôt et que des historiens de métier ne veulent pas le comprendre encore. C’est tout à fait insensé, et d’autant plus insensé que nous disposons d’un deuxième témoignage, celui-là d’un légionnaire qui explique le combat depuis son point de vue de La Roche-Blanche. Ce deuxième témoignage, je l’ai donné dans mon article du 31 août 2007 dont j’ai indiqué le lien ci-dessus... Et il y a aussi la description que Sidoïne Apollinaire fait de son Avitacus.