Bibracte : la découverte qui tue
Bien que semblant anodin, cet anneau de pas plus 5 cm retrouvé au mont Beuvray est un formidable témoignage des échanges d'alors...
En sapropélite, matériau d'origine fossile proche du lignite, que l'on trouve en Bohême, il raconte à lui seul tout un pan de l’Histoire de nos ancêtres (article du journal de Saône-et-Loire du 1/10/2011). http://www.lejsl.com/edition-du-creusot/2011/10/01/un-objet-du-mois-de-grand-voyageur
Et l'auteur de l'article conclut : sa présence sur le site prouve que de nombreux échanges commerciaux à longues distances à travers l’Europe existaient bel et bien à la fin de la période gauloise.
M. Vincent Guichard, directeur du centre archéologique européen du mont Beuvray, ne vous emballez pas !
Nous savons tous votre acharnement à fouiller le mont Beuvray dans l'impossible espoir de faire surgir un jour du sol la preuve illusoire qu'il s'agit là du site de Bibracte. Et votre aveuglement est tel que vous êtes incapable de comprendre que cet objet ne va pas dans le sens de votre hypothèse Bibracte/mont Beuvray mais dans le sens de celles que j'ai formulées dans mes ouvrages et dans un certain nombre d'articles qu'agoravox a bien voulu publier. http://bibracte.com/mon_histoire_de_la_gaule/gorgobina_site_archeologique_au_mont_beuvray.html et http://bibracte.com/mon_histoire_de_la_gaule/mont_beuvray_bibracte_ou_gorgobina.html
Comme vous le savez, la sapropélite est un marqueur important en recherche archéologique. Non seulement, ce matériau se trouve localisé en Bohème, ancien territoire des Boïens, mais il est prouvé qu'il y a été exploité pour en faire des objets de parure (fouilles de l'atelier de Mšeke Žehrovice en Tchécoslovaquie). Je cite :
Pour la Bohême, on peut mentionner l’importance de la sapropélite par exemple, qui est spécifiquement issue de gisements dans le centre du pays, mais dont la diffusion a été large, atteignant notamment le centre de l’Allemagne ou le bassin des Carpathes (Gilles Pierrevelcin, Les relations entre la Bohême et la Gaule du IVe au Ier s. av. J.-C. thèse pour obtenir le grade de docteur de l’Université de Strasbourg présentée et soutenue publiquement le 25 septembre 2010).
Non, M. Guichard, la présence de cet anneau sur le mont Beuvray ne prouve pas l'existence de nombreux échanges commerciaux en Europe. Il est seulement et principalement le témoin de l'installation des Boïens en pays éduen, comme l'a écrit César :
Quant aux Boïens, les Héduens demandèrent, parce qu’ils étaient connus comme un peuple d’une grande bravoure, à les installer chez eux ; César y consentit ; ils leur donnèrent des terres, et par la suite les admirent à jouir des droits et des libertés dont ils jouissaient eux-mêmes. César, BG I, 28, 5 (trad. Constans)... Vercingétorix, à nouveau, ramène son armée chez les Bituriges, puis quitte leur territoire et se dispose à assiéger Gorgobina, ville des Boïens : César les y avait établis après les avoir vaincus dans la bataille contre les Helvètes, et il les avait placés sous l’autorité des Héduens. César, BG VII, 9, 6 (trad. Constans)
Le mont Beuvray n'est pas le site de Bibracte mais celui de Gorgobina, oppidum des Boïens. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-plus-grand-scandale-89982
La messe est donc dite. Tous les arguments que j'ai accumulés pour prouver que le mont Beuvray n'était pas Bibracte mais Gorgobina se trouvent, une fois de plus, confirmés par un objet archéologique indiscutable. Rappelons que déjà, dans son manuel d'archéologie, Déchelette avait identifié au mont Beuvray des poteries boïennes. Il s'agit donc maintenant d'ouvrir une nouvelle page en partenariat avec les historiens et archéologues du Centre Europe qui, d'ailleurs, commencent à s'interroger sérieusement sur le fait que les oppidum celtes de grande étendue suivant le modèle du mont Beuvray, c'est surtout chez eux qu'on les trouve - Manching - et non en Gaule. Pourquoi ?
Mais qu'est-ce qu'un oppidum ?
Le tracé de l'oppidum ne doit être ni carré ni formé d'angles saillants ; il doit être courbe afin que l'ennemi soit en vue du plus loin possible. Il est essentiel aussi que les accès des portes ne soient pas directs mais obliques (d'après Vitruve).
"Oppidum” vient de ops, secours, parce qu'il est fortifié pour prêter secours et parce qu'il en faut pour protéger l'existence, où l'on puisse se mettre à l'abri. Ou bien le mot vient de "opus”, ouvrage, à cause des remparts qu'on élève pour mieux le fortifier (d'après Varron).
Les uns distinguent l'oppidum du vicus et du castellum uniquement par sa grandeur. D'autres le définissent ainsi : une position entourée par une muraille, un fossé ou par toute autre fortification. D'autres y voient outre la muraille, des bâtiments, un temple, une place publique, un forum. D'autres parlent d'oppidum à cause des murs, que le lieu soit entièrement habité ou qu'il ne serve qu'à mettre à l'abri les richesses (d'après Servius).
Voici trois descriptions qui peuvent s'appliquer aux quatre hautes fortifications ovales ou plus ou moins ovales, de Gergovie, comme on le devine dans mon article précédent http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/gergovie-la-betise-humaine-est-101478, de Mont-Saint-Vincent, d'Alésia et du mont Beuvray, comme l'avocat Garenne l'a relevé sous le second empire dans son ouvrage. Or ces oppidum/refuge sont en forme d'oeuf ouvert vers le ciel et ils ne sont pas de grande étendue.
Mon hypothèse est la suivante.
M'appuyant sur le texte de Diodore de Sicile dans lequel il évoque allégoriquement le mariage entre la colonisation "Héraklès" et la population autochtone de la Gaule, j'en déduis que cette "alliance" se fit d'une façon plus ou moins acceptée et pacifique et que l'arrivée de ces colons étrangers ne s'est faite qu'en petits groupes successifs. Ainsi s'expliquent ces oppidum en forme d'oeuf, courbes, comme le dit Vitruve, et dont on trouve des exemples en Palestine. En revanche, bien différente est la colonisation celte du Centre Europe qui s'est faite plus tard, depuis la Gaule, par l'implantation de troupes conséquentes sur des camps relativement étendus auxquels je donnerais pour ma part le nom, non pas d'oppidum/refuge mais d'oppidum/camp. Le meilleur exemple étant la forteresse de Heunebourg.
Retour logique de mon raisonnement au mont Beuvray, l'oppidum/refuge d'origine est la fortification ovale d'étendue modeste que l'avocat Garenne a retrouvée et que Bulliot a fait disparaître en y inventant un pseudo-camp de Marc Antoine. Les deux grandes enceintes sont des ouvrages postérieurs réalisés, d'abord par les Germains d'Arioviste puis par les Boïens, au Ier siècle avant J.C., avant et à l'arrivée de César en Gaule.
Et ceci signifie que Déchelette et ses successeurs se sont lourdement trompés en faisant du mont Beuvray l'origne et le modèle de la civilisation des oppida.
Alise-Sainte-Reine : véritable oppidum d'Alésia (croquis extrait du livre de Garenne et que j'ai corrigé)
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